Piscines publiques & Territoires
Piscine Tournesol de Marseille : protéger sans figer le bassin
À Marseille, la piscine Tournesol dite « La Martine » est au cœur d’une annonce de protection patrimoniale. Au-delà du symbole, son avenir pose une question concrète aux collectivités : comment conserver une architecture des années 1970, améliorer ses performances et maintenir l’apprentissage de la natation ?
L’essentiel
- La piscine Tournesol de La Martine, à Marseille, est concernée par une annonce de protection patrimoniale qui encadrera son avenir et ses travaux.
- Le modèle Tournesol, issu d’un programme lancé en 1969, compte 36 arcs dont 12 escamotables : une architecture légère à entretenir avec précision.
- Une protection au titre des monuments historiques ne fige pas un bassin : elle impose d’adapter les travaux à ses éléments architecturaux remarquables.
- La rénovation doit traiter ensemble coupole, structure, ventilation, traitement d’eau, accessibilité et continuité des créneaux scolaires et associatifs.
- À Marseille, l’annonce mentionnait 4 piscines Tournesol parmi 14 équipements municipaux en activité : l’enjeu concerne donc toute l’offre de proximité.
La piscine Tournesol de La Martine, dans le 15e arrondissement de Marseille, pourrait entrer dans une nouvelle étape de son histoire avec la protection patrimoniale annoncée en février 2025. Pour les habitants, ce bassin est un lieu d’apprentissage de la nage et de pratique sportive. Pour les architectes et les collectivités, il est aussi l’un des témoins les plus reconnaissables d’un programme national qui a profondément marqué le paysage des piscines publiques françaises dans les années 1970.
La question dépasse largement la conservation d’une silhouette singulière, souvent comparée à une soucoupe volante. Une piscine municipale reste un équipement complexe : elle doit accueillir le public, répondre aux règles sanitaires, limiter ses consommations d’énergie et rester accessible. La réussite d’un projet patrimonial ne se mesure donc pas seulement à la préservation de sa coupole, mais à sa capacité à prolonger durablement l’usage du bassin.
1969
Lancement du programme national à l’origine du modèle
183
Piscines Tournesol construites en France, selon les données citées
36
Arcs composant la structure de la coupole
4 sur 14
Piscines Tournesol parmi les bassins municipaux marseillais en activité lors de l’annonce
La Martine, un équipement de quartier devenu repère architectural
La piscine de La Martine appartient à la famille des piscines Tournesol, un modèle déployé à grande échelle dans le cadre d’un programme public lancé en 1969. L’objectif était d’élargir l’accès à la natation, notamment pour l’apprentissage des enfants, à une période où le pays manquait de bassins de proximité.
Le modèle répondait à une logique industrielle : proposer aux communes un équipement identifiable, reproductible et plus rapide à mettre en œuvre qu’une piscine construite sur mesure. Cette standardisation n’a pourtant pas produit un bâtiment banal. Sa coupole claire, sa charpente apparente et ses ouvertures mobiles ont forgé une image très forte, immédiatement associée à la modernité des années 1970.
À Marseille, l’enjeu est d’autant plus concret que l’annonce évoque quatre piscines Tournesol parmi les quatorze établissements municipaux alors en service. La Martine ne représente donc pas seulement un souvenir collectif : elle participe encore à l’offre locale de baignade, de sport et d’apprentissage.
Un patrimoine d’usage
Un bâtiment public n’acquiert pas sa valeur uniquement par son esthétique. Dans le cas d’une piscine, les générations d’élèves qui y ont appris à nager, les clubs qui l’ont fréquentée et son rôle de service de proximité font partie de son intérêt collectif.
Pourquoi les piscines Tournesol sont reconnaissables entre toutes
La force du modèle Tournesol tient à l’association d’une trame métallique répétitive et d’une enveloppe légère en polyester. La coupole est composée de 36 arcs ; 12 d’entre eux sont escamotables, ce qui permet d’ouvrir largement le bâtiment lorsque les conditions météorologiques le permettent. Cette possibilité de passer d’un espace couvert à un bassin ouvert est l’une de ses signatures.
Les éléments translucides et les hublots favorisent l’entrée de lumière naturelle. Ils donnent aussi au bassin une ambiance très différente de celle des grands centres aquatiques contemporains, souvent organisés autour de vastes volumes vitrés. Mais cette légèreté apparente exige une maintenance attentive : les matériaux vieillissent, les joints se dégradent et les mécanismes d’ouverture doivent conserver leur fiabilité.
| Élément du modèle | Intérêt architectural ou d’usage | Point de vigilance en rénovation |
|---|---|---|
| Coupole en éléments polyester | Elle crée la silhouette emblématique et diffuse la lumière dans le hall-bassin. | Vieillissement sous les UV, étanchéité des assemblages, opacification et résistance des panneaux. |
| Arcs métalliques | Ils dessinent la structure répétitive caractéristique du modèle. | Corrosion, état des fixations, compatibilité des réparations avec la structure existante. |
| Parties escamotables | Elles permettent l’ouverture saisonnière vers l’extérieur. | Motorisation ou manœuvre, étanchéité, sécurité d’utilisation et maintenance des rails. |
| Bassin et plages | Ils assurent la fonction première : apprendre, nager et accueillir des groupes. | Étanchéité, accessibilité, sols antidérapants, circuits d’eau et confort des usagers. |
« Monument historique » : une protection qui encadre les travaux
L’expression « monument historique » est souvent employée de manière générique. En droit du patrimoine, il faut toutefois distinguer l’inscription et le classement au titre des monuments historiques, deux niveaux de protection distincts. La nature exacte de la mesure, le périmètre concerné et les éléments protégés sont déterminants : une décision peut viser l’ensemble du bâtiment ou des composantes précises, telles que la structure, l’enveloppe ou certains aménagements.
Cette précision conditionne directement le projet. Une protection ne transforme pas une piscine en objet intouchable ; elle impose que les interventions respectent ses caractéristiques patrimoniales et soient instruites avec les services compétents. Remplacer une couverture, modifier les façades, changer les ouvertures ou intervenir sur la charpente ne s’envisage alors pas comme dans un équipement ordinaire.
Préserver ne dispense pas de respecter les règles d’exploitation
Une piscine ouverte au public doit continuer de répondre aux exigences d’hygiène et de sécurité applicables aux établissements de baignade, notamment celles de l’arrêté du 7 avril 1981 modifié. Qualité de l’eau, renouvellement et traitement, surveillance, sécurité des circulations et accessibilité ne peuvent être relégués au second plan au nom du patrimoine.
Pour une commune, la bonne méthode consiste donc à faire dialoguer, dès les premières études, architecte du patrimoine, maître d’œuvre spécialisé en équipements aquatiques, exploitant, services techniques et représentants des usagers. Intervenir tardivement sur ces sujets expose à des retards, à des surcoûts ou à des compromis techniques peu satisfaisants.
Rénover une Tournesol : concilier mémoire, confort et sobriété
Les piscines des années 1970 ont été pensées dans un contexte énergétique très différent de celui d’aujourd’hui. Une coupole légère et largement vitrée ou translucide peut connaître d’importantes variations thermiques. La déperdition de chaleur, la régulation de l’air humide, le chauffage de l’eau et le renouvellement d’air pèsent fortement dans le fonctionnement d’un bassin public.
La rénovation doit partir d’un diagnostic complet, et non d’un simple constat esthétique. Il faut examiner l’état de la structure, l’enveloppe, les réseaux de traitement d’eau, la ventilation, le chauffage, l’électricité, l’accessibilité et les installations de sécurité. Avant toute intervention sur un bâtiment de cette période, les diagnostics réglementaires, dont celui relatif à l’amiante lorsque nécessaire, font également partie du préalable.
Réhabiliter ou reconstruire : deux logiques, deux résultats
Réhabilitation patrimoniale
- Conserve une architecture identitaire et un repère de quartier.
- Permet de moderniser progressivement traitement d’eau, ventilation, éclairage et accessibilité.
- Réduit le risque de perdre un bassin existant au profit d’un projet plus long à faire émerger.
- Exige un diagnostic précis et des solutions sur mesure pour les composants d’origine.
Reconstruction neuve
- Facilite l’intégration d’un programme contemporain et de performances thermiques élevées dès la conception.
- Peut offrir davantage d’espaces annexes si le besoin local le justifie réellement.
- Suppose une fermeture longue, un investissement majeur et la disparition possible de l’édifice d’origine.
- Ne garantit pas à elle seule un meilleur service si le nombre de lignes d’eau ou les créneaux scolaires diminuent.
Dans le cas d’une Tournesol protégée, le choix n’est pas automatiquement binaire. Il est possible de restaurer les éléments les plus significatifs tout en renouvelant les installations invisibles mais essentielles : filtration, pompes, régulation, réseaux, centrale de traitement d’air, éclairage ou vestiaires. C’est souvent là que se joue l’amélioration réelle du confort et de la facture énergétique.
Le piège : rénover la coupole seule
Une enveloppe restaurée peut donner l’impression d’un équipement neuf, sans résoudre les causes profondes de l’inconfort ou des dépenses : ventilation mal dimensionnée, réseaux vieillissants, eau insuffisamment régulée ou vestiaires inadaptés. Un programme de travaux doit traiter le bâtiment et son exploitation comme un même système.
La continuité du service public doit guider le chantier
La qualité d’une piscine municipale se juge aussi à ce qu’elle rend possible : séances scolaires, apprentissage de la nage, créneaux associatifs, pratique libre, activités adaptées et sport de haut niveau. Une fermeture pour travaux peut être indispensable, mais elle doit être anticipée pour éviter que les publics les moins mobiles soient les premiers privés de bassin.
Pour La Martine comme pour les autres équipements concernés, les usagers ont besoin d’informations simples : durée prévisionnelle des travaux, bassins de report, modalités pour les écoles et les clubs, conditions d’accessibilité, puis calendrier de réouverture. L’architecture patrimoniale devient alors un projet compris et partagé, plutôt qu’une contrainte abstraite.
Les quatre étapes d’un projet de rénovation crédible
- Définir exactement ce qui est protégé. La collectivité doit identifier la décision patrimoniale, son périmètre et les éléments non négociables avant d’arrêter le programme.
- Établir un diagnostic technique et d’usage. L’état des structures, des matériaux, de l’eau, de l’air, des vestiaires et des équipements doit être croisé avec les besoins des écoles, associations et nageurs.
- Choisir un scénario d’exploitation pendant les travaux. Les créneaux scolaires et associatifs doivent être reportés, lorsque c’est possible, vers des bassins proches, avec une communication suffisamment anticipée.
- Programmer des travaux compatibles avec l’avenir. Le projet doit prévoir les coûts de maintenance, les pièces spécifiques, les compétences d’exploitation et des améliorations mesurables sur le confort et l’énergie.
Ce que La Martine peut changer pour les autres piscines Tournesol
La perspective de protection de la piscine de La Martine donne une visibilité nouvelle à une famille de bâtiments longtemps considérée surtout sous l’angle de la vétusté. Or, le vieillissement d’un équipement ne retire rien à son intérêt architectural : il oblige à décider entre entretien minimal, réhabilitation ambitieuse ou remplacement.
Pour les autres collectivités qui possèdent encore une Tournesol, le cas marseillais rappelle une règle simple : attendre la fermeture technique pour se demander ce que l’on souhaite préserver est rarement une bonne stratégie. Inventorier les composants, conserver les archives disponibles, suivre les pathologies du bâtiment et évaluer les usages avant l’urgence permettent de mieux arbitrer.
La valeur de ces piscines est enfin indissociable de leur vocation sociale. Préserver une Tournesol n’a de sens que si son bassin demeure vivant, accueillant et praticable. Entre la mémoire des premières brasses et les exigences d’un service public contemporain, c’est cette continuité qui peut faire de La Martine un véritable monument du quotidien.
Questions fréquentes
La piscine Tournesol de La Martine est-elle déjà classée monument historique ?
L’annonce de février 2025 évoque une protection patrimoniale de la piscine de La Martine. Il faut toutefois distinguer, juridiquement, l’inscription et le classement au titre des monuments historiques. La décision officielle, son périmètre et les éléments précisément protégés déterminent les obligations applicables aux futurs travaux. L’expression « monument historique » est souvent utilisée au sens large dans les annonces publiques.
Pourquoi les piscines Tournesol ont-elles cette forme de soucoupe ?
Leur coupole résulte d’un modèle industrialisé développé pour construire des piscines publiques de proximité. Une structure d’arcs métalliques supporte des éléments légers en polyester, tandis qu’une partie de la couverture peut s’ouvrir. Cette conception apporte lumière naturelle et possibilité de baignade à l’air libre, tout en donnant au bâtiment sa silhouette circulaire très reconnaissable.
Peut-on moderniser une piscine protégée sans dénaturer son architecture ?
Oui, à condition de partir d’un diagnostic complet et de connaître précisément les éléments protégés. Les installations techniques peuvent souvent être renouvelées : filtration, pompes, traitement de l’air, éclairage, réseaux ou vestiaires. Les interventions visibles sur la coupole, la charpente ou les ouvertures demandent en revanche une conception plus attentive et une instruction adaptée au statut patrimonial.
Pourquoi rénover une piscine municipale coûte-t-il cher ?
Un bassin public combine un bâtiment, une structure soumise à l’humidité, des réseaux d’eau, une filtration, une ventilation, du chauffage, des dispositifs de sécurité et des vestiaires. Dans une piscine ancienne, ces systèmes sont souvent liés : remplacer une seule installation peut révéler d’autres besoins. Le coût dépend donc moins de la surface seule que de l’état réel du bâti et du niveau de modernisation visé.
Que devient l’apprentissage de la natation pendant des travaux de piscine ?
Une fermeture peut interrompre les séances scolaires, les créneaux de clubs et la pratique libre si aucun bassin de report n’est prévu. La collectivité doit anticiper les solutions disponibles dans les piscines voisines, les transports éventuels et la réorganisation des créneaux. Cette préparation est essentielle : l’apprentissage de la nage repose sur une pratique régulière, particulièrement pour les enfants.