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La Martine à Marseille : sauver une piscine Tournesol en activité

À Marseille, près de l’hôpital Nord, la piscine Tournesol La Martine est devenue un monument historique. Au-delà de sa coupole reconnaissable, ce bassin de 25 mètres raconte une ambition nationale : rendre la natation accessible. Sa préservation pose désormais une question concrète : comment restaurer sans perdre l’usage ?

Coupole métallique d’une piscine Tournesol marseillaise vue depuis les abords du bassin de 25 mètres
Coupole métallique d’une piscine Tournesol marseillaise vue depuis les abords du bassin de 25 mètres — Illustration générée par IA pour Piscine.fm

L’essentiel

  • La Martine, près de l’hôpital Nord à Marseille, associe un bassin de 25 m à une architecture Tournesol désormais protégée au titre des monuments historiques.
  • Les piscines Tournesol sont issues du programme national des 1 000 piscines, conçu dans les années 1970 pour développer l’apprentissage de la natation.
  • Rénover une coupole Tournesol impose de traiter ensemble charpente métallique, étanchéité, ventilation, déshumidification, bassin et locaux techniques.
  • La protection patrimoniale n’interdit pas les travaux : elle exige de concilier conservation architecturale, hygiène, accessibilité et exploitation publique.
  • Le principal enjeu reste l’usage : un bassin restauré doit conserver des créneaux utiles aux écoles, aux clubs et à la nage libre.

La piscine Tournesol La Martine, à Marseille, n’est pas un équipement aquatique ordinaire. Son bassin de 25 mètres, installé sous une coupole métallique immédiatement identifiable, a accompagné les premières longueurs de générations d’habitants. Sa reconnaissance au titre des monuments historiques consacre à la fois une architecture singulière et une mission de service public : permettre l’apprentissage de la natation près des lieux de vie.

Cette protection ne transforme pas le site en décor immobile. Elle rend au contraire plus exigeante la question de son avenir : conserver ce qui fait l’identité d’une piscine Tournesol, tout en assurant l’étanchéité du bassin, la qualité de l’air, le confort thermique, l’accessibilité et la continuité des créneaux scolaires ou associatifs. C’est tout l’enjeu des rénovations de piscines publiques héritées des années 1970.

25 m

la longueur du bassin de La Martine

Années 1970

la période d’essor des modèles Tournesol

1 000

piscines visées par le programme national

La Martine, un bassin de quartier devenu patrimoine

Située dans les quartiers nord de Marseille, à quelques centaines de mètres de l’hôpital Nord, La Martine est d’abord une piscine de proximité. Ce statut compte : un bassin de 25 mètres permet les leçons, l’entraînement associatif, les usages libres et les séances encadrées. Quand un équipement de ce type ferme longtemps, les groupes sont reportés vers des sites déjà très sollicités, avec des déplacements supplémentaires et des horaires moins favorables.

La reconnaissance patrimoniale donne une visibilité nouvelle à un édifice que les usagers connaissaient surtout comme leur piscine. Elle met en lumière la valeur d’un lieu où l’architecture n’est pas séparée de l’usage. Les marques du temps, la silhouette de la coupole et les souvenirs d’apprentissage de la nage font partie d’une histoire collective ; le bassin reste néanmoins soumis aux exigences très actuelles d’une piscine publique.

Un patrimoine qui reste un service public

Une piscine protégée n’a de sens, pour les habitants, que si la restauration maintient ou retrouve des conditions fiables de baignade : eau maîtrisée, vestiaires fonctionnels, accès inclusif, surveillance et créneaux adaptés aux écoles comme aux clubs.

Pourquoi les piscines Tournesol ont marqué le paysage français

Les piscines Tournesol sont nées d’un constat simple : la France manquait de bassins pour apprendre à nager. Au tournant des années 1960 et 1970, le programme des « 1 000 piscines » a cherché à accélérer l’équipement des communes par des modèles reproductibles. L’objectif n’était pas de bâtir partout le même monument, mais de proposer des installations plus rapides à déployer et plus accessibles qu’un grand complexe aquatique.

Le principe Tournesol répondait à cette logique. Une structure légère, une forme circulaire ou presque, un bassin de format sportif et une enveloppe conçue pour profiter de la lumière naturelle formaient un équipement compact. Son nom vient de son caractère ouvrant : selon les versions et leur état de conservation, une partie de l’enveloppe pouvait s’ouvrir aux beaux jours, créant une relation inhabituelle entre bassin couvert et plein air.

Cette standardisation a produit une conséquence paradoxale. Construits en série, ces bâtiments sont aujourd’hui reconnus pour leur identité architecturale. Ils incarnent une période où l’équipement sportif était pensé comme un levier d’égalité territoriale et de prévention : savoir nager n’était plus réservé aux villes dotées d’un grand établissement.

Une coupole expressive, mais techniquement exigeante

La force visuelle d’une Tournesol tient à sa charpente métallique, à ses courbes et à la lumière qui traverse son enveloppe. Or, dans un environnement chaud, chloré et humide, ces mêmes caractéristiques demandent une attention particulière. La vapeur d’eau peut se condenser sur les parois ; les défauts d’étanchéité ou de ventilation accélèrent la corrosion ; un vitrage vieillissant dégrade le confort et alourdit la facture énergétique.

Le diagnostic ne peut donc pas se limiter à l’aspect extérieur. Il doit examiner simultanément la structure, la couverture, les réseaux de traitement d’eau, les équipements de chauffage, le renouvellement d’air, l’électricité et les circulations du public. Dans une piscine municipale, remettre à neuf un seul élément sans traiter les interfaces reporte souvent le problème à quelques années.

Les points à examiner avant de rénover une piscine Tournesol
Élément à diagnostiquerRisque fréquentRéponse à rechercher
Arches et pièces métalliquesCorrosion liée à l’humidité, à la condensation ou aux infiltrationsContrôle structurel, traitement adapté et protection durable des assemblages
Enveloppe vitrée ou translucideFuites d’air, inconfort d’été ou d’hiver, lumière dégradéeRemplacer ou restaurer en respectant le dessin, la lumière et les performances attendues
Bassin et plagesÉtanchéité usée, revêtements glissants, réseaux vieillissantsRéfection coordonnée du bassin, des joints, des évacuations et des sols
Ventilation et déshumidificationAir chargé, condensation, dégradation accélérée du bâtiDimensionnement cohérent avec le volume, l’occupation et la stratégie de chauffage
Locaux techniquesFiltration, pompes et automatismes énergivores ou difficiles à maintenirModernisation des équipements sans compromettre l’architecture du hall

Le piège : rénover façade et toiture sans traiter l’air

Dans un bassin couvert, l’humidité est un sujet de structure autant que de confort. Une enveloppe remise à neuf, associée à une ventilation insuffisante, peut favoriser la condensation et accélérer la dégradation des parties métalliques. Le traitement de l’air doit être intégré dès le programme de travaux.

Restaurer l’identité du lieu ou reconstruire : le vrai arbitrage

Une collectivité confrontée à un bâtiment vieillissant peut être tentée de remplacer l’équipement par une construction neuve et banale. Ce choix peut simplifier certains aspects du chantier, mais il efface une architecture dont la valeur est désormais reconnue. À l’inverse, restaurer ne consiste pas à conserver chaque matériau à l’identique : il faut préserver les caractéristiques déterminantes tout en adaptant le bâtiment aux usages, aux règles sanitaires et aux besoins contemporains.

Ce que la restauration apporte

  • Elle maintient une silhouette architecturale rare et un repère familier pour le quartier.
  • Elle valorise un bassin existant sans renoncer à sa vocation d’apprentissage et de pratique sportive.
  • Elle permet de corriger les faiblesses techniques en conservant les volumes et la lumière du projet initial.
  • Elle peut mobiliser une expertise patrimoniale et renforcer l’intérêt public du projet.

Ce qu’elle exige

  • Un diagnostic plus poussé qu’une simple remise en peinture ou un remplacement de surface.
  • Des solutions sur mesure pour les pièces métalliques, l’enveloppe et les détails d’origine.
  • Une coordination étroite entre architectes, ingénieurs, exploitant et services patrimoniaux.
  • Un phasage précis pour limiter la durée de fermeture et préserver les usages prioritaires.

La bonne décision dépend de l’état réel du bâti, des besoins du territoire et de la capacité à maintenir l’exploitation après travaux. Il n’existe pas de coût universel : la dépense varie fortement selon l’ampleur de la corrosion, l’état du bassin, les performances énergétiques recherchées, la mise aux normes des vestiaires et les contraintes liées à la protection patrimoniale.

Le coût à regarder est aussi celui de l’exploitation

Un chantier doit comparer les investissements initiaux avec les dépenses futures de chauffage, de déshumidification, de renouvellement d’eau, de maintenance et de personnel. Une économie réalisée sur l’étanchéité ou la régulation peut se payer durablement sur les factures et les fermetures techniques.

Comment préparer une rénovation sans perdre des années

Pour une piscine publique protégée, la préparation vaut autant que les travaux eux-mêmes. Elle permet de fixer ce qui doit être conservé, ce qui doit être remplacé et ce que les usagers doivent retrouver à la réouverture. La démarche gagne à être conduite dans cet ordre.

  1. Établir un diagnostic complet. Relever l’état de la structure, de l’enveloppe, du bassin, des réseaux, de la ventilation et des usages. Les désordres doivent être hiérarchisés selon leur gravité et leur effet sur l’ouverture au public.
  2. Définir le programme de baignade. Avant de dessiner le chantier, préciser les besoins : scolaires, clubs, nage libre, personnes à mobilité réduite, vestiaires, accueil et locaux du personnel. Le patrimoine doit servir un usage clairement défini.
  3. Associer tôt les compétences nécessaires. Architecte du patrimoine, ingénieurs structure et fluides, économiste, exploitant et services concernés doivent travailler sur un même scénario, plutôt que corriger les choix les uns après les autres.
  4. Tester les solutions visibles. Pour les menuiseries, teintes, éléments de charpente ou matériaux de couverture, un échantillon ou une zone pilote évite les erreurs irréversibles sur l’apparence et la tenue dans le temps.
  5. Organiser la fermeture et la remise en route. Informer les écoles et associations, prévoir des solutions de repli lorsque c’est possible, puis planifier essais, traitement d’eau, contrôles et montée en charge avant le retour du public.

Ce que change réellement la protection au titre des monuments historiques

La protection patrimoniale ne signifie pas qu’aucune modification ne sera possible. Elle implique que les interventions susceptibles d’altérer les éléments protégés soient examinées avec une attention particulière. La charpente, la forme de la coupole, les façades, les percements, les matériaux ou certains détails peuvent faire partie de ce qui donne au bâtiment son intérêt.

Le niveau juridique de protection et le périmètre exact doivent être identifiés avant le dépôt d’un projet. Cette étape est essentielle : elle évite de lancer des études fondées sur une solution incompatible avec les prescriptions patrimoniales. Elle aide aussi à distinguer ce qui relève de la conservation fidèle, de la restitution d’un élément disparu ou d’une adaptation contemporaine assumée.

Protection ne veut pas dire immobilisation

Une piscine publique doit continuer à répondre aux impératifs d’hygiène, de sécurité, d’accessibilité et d’exploitation. La protection impose surtout de justifier les choix et de rechercher une compatibilité entre l’intervention technique et le caractère architectural du lieu.

Préserver un bassin, c’est aussi défendre l’apprentissage de la nage

La valeur de La Martine dépasse sa coupole. Les piscines de quartier sont des infrastructures d’apprentissage, particulièrement précieuses dans les territoires où l’accès à un bassin est limité. Elles accueillent les séances scolaires, les clubs, les familles et les personnes qui ne trouvent pas leur place dans les grands centres aquatiques éloignés ou plus coûteux à rejoindre.

La restauration la plus réussie sera donc celle qui ne réduit pas La Martine à un objet patrimonial. Elle devra préserver sa lisibilité architecturale, améliorer sa sobriété technique et maintenir un bassin réellement disponible. À Marseille comme ailleurs, l’avenir des piscines des années 1970 se joue dans cette alliance : respecter une histoire locale tout en garantissant le droit très concret d’apprendre à nager près de chez soi.

Questions fréquentes

La piscine La Martine à Marseille est-elle un monument historique ?

La piscine Tournesol La Martine bénéficie d’une reconnaissance au titre des monuments historiques. Cette protection reconnaît l’intérêt de son architecture et de son histoire sociale. Dans un projet de travaux, il faut toutefois vérifier le périmètre précis et le niveau juridique de la protection, car ils déterminent les éléments à conserver et les autorisations à obtenir.

Pourquoi appelle-t-on cela une piscine Tournesol ?

Le nom désigne un modèle de piscine développé à grande échelle dans les années 1970. Sa coupole légère, très lumineuse et partiellement ouvrante dans son principe évoque un tournesol. Ces bâtiments compacts, généralement organisés autour d’un bassin sportif, ont permis à de nombreuses communes de s’équiper plus vite pour l’apprentissage de la natation.

Peut-on moderniser une piscine classée ou protégée ?

Oui. Une protection patrimoniale ne condamne pas une piscine à rester dans son état d’origine. Elle impose d’étudier les travaux avec soin afin de préserver les caractéristiques architecturales remarquables. Les réseaux, la filtration, la ventilation, les vestiaires, l’accessibilité ou l’étanchéité peuvent être modernisés, à condition d’intégrer les exigences patrimoniales dès la conception.

Quels sont les travaux prioritaires dans une ancienne piscine couverte ?

La priorité dépend du diagnostic, mais la sécurité structurelle, l’étanchéité et la qualité de l’air doivent être examinées en premier. Dans une piscine à charpente métallique, humidité et condensation peuvent provoquer une corrosion discrète mais grave. Viennent ensuite le bassin, les réseaux hydrauliques, le traitement de l’eau, les sols, les vestiaires et la performance énergétique.

Pourquoi conserver une piscine des années 1970 plutôt que construire neuf ?

La conservation peut préserver un repère architectural et social tout en maintenant un bassin de proximité. Elle n’est pertinente que si le bâtiment peut retrouver un niveau satisfaisant de sécurité, de confort et de sobriété d’exploitation. L’arbitrage doit comparer l’état réel de l’ouvrage, les besoins des usagers, le coût global sur la durée et la valeur patrimoniale du site.

La rédaction de Piscine.fm

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