Piscines publiques & Territoires
Piscines Myrtha : ce que la technologie modulaire change
Évoquée à l’occasion des Jeux de Paris 2024, la technologie Myrtha repose sur des panneaux modulaires en acier inoxydable. Au-delà du rendez-vous olympique, elle éclaire un choix central pour les collectivités : construire, rénover ou rendre évolutif un bassin de natation.
L’essentiel
- Une piscine Myrtha repose sur une cuve préfabriquée en panneaux d’acier inoxydable, assemblée sur site avec un système d’étanchéité.
- La modularité peut raccourcir la phase de montage de la cuve et faciliter une reconfiguration, mais n’efface ni le génie civil ni les réseaux.
- Dans un bassin de compétition, la précision des cotes, la profondeur, les goulottes et l’hydraulique comptent davantage que le seul matériau de la cuve.
- Le réemploi annoncé de matériaux après un événement n’est crédible que si transport, stockage, démontage et futur site d’accueil sont prévus dès l’origine.
- Pour l’eau d’une piscine privée, les repères courants sont pH 7,0–7,4, chlore libre 1–2 mg/L et TAC de l’ordre de 80–120 ppm.
Les Jeux de Paris 2024 ont remis les équipements aquatiques au centre des débats : qualité des bassins, conditions de nage, sobriété des chantiers et devenir des installations après une grande compétition. Dans ce contexte, les piscines dites Myrtha ont attiré l’attention. Le principe n’est pas celui d’un revêtement décoratif ni d’un bassin gonflable : il s’agit d’une structure industrialisée, assemblée à partir de panneaux métalliques étanches, conçue pour former une cuve de piscine.
Le texte d’origine associait cette solution aux équipements des Jeux et avançait qu’environ 80 % des matériaux employés pourraient être réutilisés après l’événement. Ce chiffre doit être lu comme un objectif lié au projet présenté, non comme une propriété automatique de toute piscine modulaire. L’intérêt durable de cette technologie se joue surtout ailleurs : dans la vitesse de chantier, la précision du bassin, l’accessibilité des réseaux et la possibilité de réemployer certains éléments si le projet a été pensé dans ce sens.
50 m
longueur d’un bassin olympique de compétition
10 couloirs
configuration prévue par les règles internationales en grand championnat
2,0 m min.
profondeur courante requise pour les compétitions de natation de haut niveau
1 projet
à dimensionner selon les usages, pas selon la seule technologie
Une piscine modulaire en inox : de quoi parle-t-on exactement ?
Une piscine traditionnelle publique est le plus souvent une cuve en béton armé, réalisée sur site, rendue étanche par un revêtement adapté. Une piscine modulaire à panneaux, telle que celle désignée sous le nom Myrtha, emploie une paroi porteuse constituée d’éléments préfabriqués en acier inoxydable. Ces panneaux sont assemblés sur une structure et associés à un système d’étanchéité. La cuve peut être installée dans un bâtiment neuf, lors d’une réhabilitation ou, dans certains cas, dans une installation temporaire.
La préfabrication déplace une partie du travail de l’emprise du chantier vers l’usine. Cela réduit certaines opérations de gros œuvre propres à une cuve béton, mais ne supprime pas les exigences lourdes d’un projet aquatique : terrassement ou dalle support, traitement d’air du hall, filtration, hydraulique, chauffage, électricité, plages, vestiaires, accessibilité et sécurité.
| Critère | Structure modulaire en inox | Structure traditionnelle en béton |
|---|---|---|
| Principe constructif | Panneaux préfabriqués assemblés sur site avec système d’étanchéité. | Cuve coulée ou maçonnée sur site, puis revêtue pour assurer l’étanchéité. |
| Calendrier de cuve | Montage souvent plus court une fois les supports et réseaux prêts. | Dépend des phases de coffrage, coulage, séchage et préparation des supports. |
| Précision géométrique | Élevée, grâce aux éléments fabriqués en atelier et aux réglages de pose. | Très bonne possible, mais davantage tributaire de l’exécution sur chantier. |
| Évolutivité | Des configurations peuvent être démontées ou reconfigurées selon la conception initiale. | Les transformations sont généralement plus lourdes et plus invasives. |
| Points de vigilance | Qualité des assemblages, interfaces avec les équipements, maintenance des joints et corrosion environnementale. | Étanchéité, fissuration, vieillissement du revêtement et ampleur des travaux de rénovation. |
| Choix pertinent lorsque… | Le délai, la répétition d’un modèle ou une évolution future sont des critères déterminants. | Le projet requiert une forme très singulière ou s’intègre à un ouvrage de béton complexe. |
Un bassin n’est jamais « hors sol » par nature
Une cuve modulaire peut être partiellement ou totalement intégrée à un bâtiment, posée sur une dalle ou encastrée. Son comportement, sa stabilité et son accès dépendent de l’ensemble du projet architectural, pas seulement du matériau des parois.
Pourquoi cette solution intéresse les grands événements sportifs
Une compétition internationale impose une géométrie extrêmement stable : longueur réglementaire, alignement des couloirs, profondeurs adaptées, hauteur d’eau maîtrisée et dispositifs de chronométrage compatibles. La préfabrication peut contribuer à tenir ces cotes avec régularité. Pour les nageurs, ce qui compte est moins le nom du système constructif que le résultat : une eau lisible, une circulation hydraulique homogène, des lignes d’eau efficaces et un bassin conforme aux règles de la discipline.
Le second enjeu est logistique. Dans un calendrier serré, réaliser la cuve avec des composants livrés et assemblés peut sécuriser une partie du planning. Cette promesse doit toutefois être nuancée : le chantier global reste dominé par les fondations, les équipements techniques et le bâtiment. Un retard sur le traitement d’air, les réseaux ou les essais de filtration ne se compense pas par un montage rapide des parois.
Enfin, les infrastructures événementielles sont jugées sur leur héritage. Un bassin provisoire n’a de sens environnemental que si son démontage, son transport, son stockage et son réemploi sont organisés dès la commande. Réutilisable ne veut pas nécessairement dire réutilisé.
Ce que la modularité peut apporter
- Un assemblage de cuve plus prévisible lorsque les études et les supports sont finalisés.
- Une grande régularité dimensionnelle, utile pour les bassins sportifs et leurs équipements de compétition.
- La possibilité de prévoir une évolution, un déplacement ou un réemploi de certains composants.
- Des interventions ciblées sur la structure ou les équipements lorsque l’accès a été anticipé.
Ce qu’elle ne résout pas à elle seule
- Ni la consommation énergétique du bâtiment, ni la qualité du traitement d’air.
- Ni la nécessité d’un réseau hydraulique bien dimensionné et correctement exploité.
- Ni les coûts de transport, de levage, de génie civil et d’aménagement des vestiaires.
- Ni la question de l’usage réel du bassin après un événement exceptionnel.
Performance sportive : une cuve précise, mais pas une piscine « rapide » par magie
Le vocabulaire sportif conduit parfois à attribuer des records à une piscine. C’est réducteur. Une piscine de compétition doit avant tout limiter les perturbations inutiles : vagues renvoyées par les parois, turbulences excessives, variation de niveau d’eau, marquages imprécis ou lignes d’eau insuffisamment efficaces. La profondeur, le dessin des goulottes de débordement, la conception des plages et le renouvellement de l’eau influent aussi sur les conditions de course.
La construction modulaire aide à reproduire une géométrie voulue. Elle ne dispense ni d’une homologation de l’équipement lorsqu’elle est nécessaire, ni de contrôles métrologiques, ni d’une exploitation rigoureuse. Pour les usagers quotidiens d’un centre aquatique, les critères de confort sont souvent plus concrets : température cohérente avec l’activité, absence d’odeur irritante, eau transparente, vestiaires fonctionnels et créneaux accessibles.
La durabilité se mesure sur tout le cycle de vie
L’acier inoxydable est apprécié pour sa résistance à la corrosion, mais il n’est pas indifférent à son environnement. Dans une piscine intérieure, l’air chaud et chloré est particulièrement exigeant. La ventilation, l’évacuation des condensats, le choix des nuances de métal, les détails d’assemblage et l’entretien conditionnent la durée de vie de tous les éléments métalliques, qu’ils soient structurels ou périphériques.
Le bilan environnemental ne peut pas se limiter à l’idée de matériau recyclable. Il faut examiner les quantités de matière, les kilomètres de transport, l’énergie de fabrication, la durée d’usage prévue, les réparations et, surtout, la consommation du centre aquatique pendant plusieurs décennies. Dans un équipement ouvert au public, le chauffage de l’eau et le traitement d’air pèsent généralement bien davantage au quotidien que le seul choix de la cuve.
Le piège du « démontable »
Un bassin démontable devient réellement vertueux seulement si son futur usage est contractualisé : dimensions compatibles avec le site d’accueil, conditions de transport, responsabilité du démontage, stockage éventuel et remise en service. Sans cette chaîne, la modularité reste un potentiel, pas une garantie.
Traitement de l’eau : les mêmes exigences qu’avec un bassin béton
La nature de la cuve ne change pas les fondamentaux sanitaires. Dans une piscine publique, la qualité de l’eau relève notamment de l’arrêté du 7 avril 1981 modifié : l’exploitant assure la désinfection, la filtration, les contrôles et la tenue des documents de suivi exigés. Les modalités exactes dépendent du type de bassin, de sa fréquentation et des prescriptions de l’autorité sanitaire.
Pour une piscine privée, les repères usuels restent un pH compris entre 7,0 et 7,4, un chlore libre souvent maintenu entre 1 et 2 mg/L et un TAC de l’ordre de 80 à 120 ppm. Ils ne valent pas consigne universelle pour un établissement recevant du public, où l’exploitant doit respecter les seuils applicables et son protocole de traitement. Dans tous les cas, une eau claire n’est pas automatiquement une eau bien désinfectée.
Les éléments techniques qui font la différence
- L’hydraulique : les arrivées et reprises d’eau doivent éviter les zones peu brassées et maintenir une filtration efficace.
- Le débordement : une goulotte bien conçue évacue une partie des pollutions de surface et contribue à la qualité visuelle du plan d’eau.
- La régulation : les sondes et automates facilitent le pilotage, mais ne remplacent pas les contrôles et la compétence des agents.
- Le traitement d’air : dans un hall couvert, il protège à la fois le bâti, les installations et le confort respiratoire des nageurs.
Comment une collectivité doit comparer les solutions de bassin
Opposer systématiquement inox modulaire et béton n’a guère de sens. Le bon choix dépend du programme : bassin sportif de 50 mètres, équipement d’apprentissage, rénovation d’un établissement ancien, extension estivale ou installation temporaire. La décision doit s’appuyer sur le coût global et sur les usages à vingt ou trente ans, pas seulement sur le délai d’inauguration.
- Définir les usages avant le dessin. Distinguer la nage scolaire, le grand public, les clubs, l’apprentissage, le handicap, les activités de bien-être et les compétitions. Chaque usage appelle des profondeurs, températures et plages horaires différentes.
- Étudier le site et les contraintes du bâti. Vérifier portance, réseaux existants, hauteur disponible, accès des convois et des engins de levage, ainsi que les contraintes d’urbanisme et d’accessibilité.
- Comparer le coût complet. Mettre en regard études, génie civil, cuve, équipements, traitement d’air, énergie, maintenance, garanties, rénovation future et fin de vie.
- Écrire les exigences de performance. Prévoir les tolérances dimensionnelles, le débit de filtration, les niveaux sonores, l’accès aux organes techniques, les essais et les responsabilités de chaque intervenant.
- Organiser l’après-projet. Pour un équipement temporaire ou reconfigurable, identifier dès le départ le site de réemploi et les conditions concrètes de transfert.
Le bon réflexe pour un projet public
Demander aux candidats un plan de maintenance sur la durée, avec la liste des pièces d’usure, des accès techniques et des opérations à réaliser bassin en eau ou bassin vidé. Une promesse de rapidité de pose ne remplace pas une stratégie d’exploitation.
Ce que l’héritage de Paris 2024 permet de retenir
L’intérêt suscité par les piscines Myrtha à l’occasion de Paris 2024 illustre une évolution bienvenue : les équipements aquatiques ne sont plus évalués uniquement à l’aune de leur architecture ou de leur capacité d’accueil. Leur adaptabilité, leur sobriété de chantier, leur coût d’exploitation et leur aptitude à rester utiles après un événement deviennent des critères de premier plan.
La structure modulaire en inox apporte une réponse crédible lorsque la précision, le calendrier et l’évolutivité sont prioritaires. Elle ne constitue pas une solution universelle. Un bassin durable est d’abord un bassin adapté à son territoire, fréquenté suffisamment, exploité avec des moyens cohérents et entretenu sans reporter les difficultés sur les générations suivantes.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une piscine Myrtha ?
Une piscine Myrtha désigne un bassin construit avec une structure modulaire faite de panneaux en acier inoxydable, assemblés sur site et associés à un dispositif d’étanchéité. Cette technique s’oppose à la cuve intégralement réalisée en béton sur chantier. Elle est utilisée pour des bassins sportifs, publics, de rééducation ou temporaires, selon les configurations.
Les piscines modulaires en inox sont-elles adaptées à la compétition ?
Oui, à condition que le bassin soit conçu et contrôlé selon les règles de la discipline concernée. La préfabrication peut aider à atteindre une géométrie régulière, utile pour un bassin de 50 mètres. Mais les performances dépendent aussi de la profondeur, des lignes d’eau, des goulottes, du niveau d’eau, de l’hydraulique et de l’ensemble des équipements de compétition.
Une piscine modulaire est-elle forcément plus écologique qu'une piscine béton ?
Non. Son potentiel environnemental vient notamment de la préfabrication et de la possibilité de réemployer certains composants. Mais le bilan doit intégrer la fabrication de l’acier, les transports, les fondations, l’énergie consommée par le bâtiment et la durée d’utilisation. Un élément démontable n’est réellement vertueux que s’il est effectivement réemployé dans un projet identifié.
Peut-on démonter et déplacer une piscine Myrtha ?
Certaines configurations sont conçues pour être démontées, déplacées ou reconfigurées, ce qui constitue l’un de leurs atouts. Cela exige néanmoins une étude dès l’origine : compatibilité des dimensions avec le futur site, transport, levage, stockage, état des composants et remise en conformité des équipements. Un bassin modulaire ne se déplace pas aussi simplement qu’un équipement de loisir.
Le matériau de la piscine change-t-il le traitement de l'eau ?
Les principes sanitaires restent les mêmes. Il faut une filtration adaptée, une désinfection maîtrisée, un pH contrôlé et une hydraulique qui évite les zones peu brassées. Dans les piscines publiques, l’exploitant doit appliquer la réglementation sanitaire propre aux établissements. Pour une piscine privée, les valeurs de pH 7,0 à 7,4 servent de repère courant, à ajuster selon le traitement utilisé.