Piscines publiques & Territoires
À Rivesaltes, l’eau de la piscine devient réserve incendie
À Rivesaltes, l’eau de la piscine municipale vidangée pendant des travaux a été pompée pour une réserve destinée à la lutte contre les feux. Cette opération éclaire une piste concrète pour les territoires en tension : transformer une contrainte d’entretien en ressource, à condition d’anticiper chaque étape.
L’essentiel
- À Rivesaltes, 400 m³ d’eau de la piscine municipale ont été pompés le 25 novembre pour alimenter une réserve de lutte contre les incendies.
- L’eau récupérée est une eau brute non potable : elle peut servir à la défense incendie, mais pas être utilisée librement pour les usages domestiques.
- Selon les éléments communiqués par le SDIS 66, 15 000 m³ d’eau réutilisée ont été stockés en 2024 dans le département.
- Une collecte utile exige d’anticiper volume, accès, traitement de l’eau, date de vidange et capacité de stockage avant le début des travaux.
À Rivesaltes, une vidange mise au service de la défense incendie
Le 25 novembre, à Rivesaltes, dans les Pyrénées-Orientales, la vidange de la piscine municipale en travaux n’a pas suivi son circuit habituel. Le SDIS 66 a pompé l’eau du bassin afin de l’orienter vers ses réserves de défense contre les incendies. L’opération a permis de récupérer 400 m³, soit 400 000 litres d’eau non potable.
Le contexte donne toute sa portée à cette initiative. Le département traverse une sécheresse durable depuis plusieurs années et reste particulièrement exposé au risque de feu de végétation. Plutôt que de prélever davantage d’eau sur le réseau public au moment d’une intervention, disposer d’une ressource déjà stockée peut renforcer les capacités locales tout en évitant le gaspillage d’une eau qui devait de toute façon être évacuée.
Cette récupération n’est pas une distribution d’eau de baignade ni un usage domestique détourné : il s’agit d’eau brute réservée à un usage opérationnel. La logique est donc très différente de la réutilisation des eaux usées traitées pour l’arrosage ou le nettoyage urbain. Ici, le facteur décisif est la possibilité de mobiliser rapidement un volume d’eau pour la lutte contre un incendie, sans pression supplémentaire sur l’alimentation en eau potable.
400 m³
d’eau récupérée lors de l’opération à Rivesaltes
15 000 m³
stockés en 2024 par le SDIS 66 selon les éléments communiqués
2023
année de création de la réserve stratégique mentionnée
Une réserve incendie n’est pas un réservoir d’eau potable
L’eau d’un bassin contient généralement des désinfectants, des correcteurs de pH et des matières organiques issues de la baignade. Elle n’est donc pas destinée à la consommation. En revanche, pour éteindre un feu, l’enjeu prioritaire est de disposer d’un volume disponible, accessible et compatible avec les moyens de pompage engagés.
Dans les Pyrénées-Orientales, le SDIS 66 a indiqué avoir organisé un dispositif permettant aux collectivités, aux parcs aquatiques et, selon les cas, aux particuliers de signaler une piscine à vidanger. L’eau collectée peut être entreposée dans des bâches dédiées ou dans des cuves rendues disponibles localement, y compris des cuves viticoles réaménagées. Ce maillage de stockage est aussi important que le prélèvement lui-même : une eau récupérée sans point de dépôt ni accès pratique aux engins ne constitue pas une réserve opérationnelle.
Ce que signifie « eau brute »
Dans ce dispositif, l’eau de piscine récupérée ne rejoint pas le réseau d’eau potable et ne doit pas être considérée comme propre à l’arrosage alimentaire, à la toilette ou à la boisson. Son emploi est ciblé : constituer une ressource technique disponible pour la défense contre l’incendie.
Pourquoi une vidange programmée est une occasion à ne pas perdre
Une piscine publique doit parfois être vidangée, notamment à l’occasion de travaux, d’une rénovation ou d’une opération d’exploitation qui l’exige. Sans solution de valorisation, cette eau est évacuée selon le protocole retenu par l’exploitant et les services locaux compétents. Lorsqu’un service d’incendie peut la récupérer, une contrainte technique se transforme en ressource territoriale.
La fenêtre de tir est toutefois courte. Une collecte réussie suppose que le bassin soit encore plein, que le chantier puisse attendre le temps du pompage et que les véhicules ou équipements du SDIS puissent accéder au site. Dans le cas de Rivesaltes, l’anticipation entre la commune et les pompiers a permis de coordonner l’entretien de la piscine avec le besoin de constituer une réserve.
| Point à vérifier | Pourquoi c’est décisif | Qui valide |
|---|---|---|
| Volume disponible | Le volume doit justifier les moyens de pompage et de transport mobilisés. | Le SDIS et le gestionnaire du bassin. |
| Calendrier de vidange | Le pompage doit intervenir avant la vidange et rester compatible avec les travaux. | La collectivité ou l’exploitant. |
| Accès au bassin | Les engins, flexibles et points de raccordement doivent pouvoir être déployés sans risque. | Le SDIS et le responsable du site. |
| État de l’eau | Les produits présents et l’usage final envisagé doivent être connus avant la collecte. | Le SDIS, avec l’exploitant. |
| Site de stockage | Une réserve utile doit être identifiée, sécurisée et accessible en cas de feu. | Le SDIS et le propriétaire du stockage. |
| Traçabilité | Elle évite les confusions sur l’origine, le volume et la destination de l’eau. | Les partenaires de l’opération. |
La méthode : organiser une récupération sans perturber le chantier
Le principe ne se résume pas à appeler les pompiers au moment d’ouvrir la bonde. Une collectivité qui envisage cette option doit intégrer la récupération de l’eau dans la préparation de ses travaux. Le service d’incendie reste seul juge de sa capacité à intervenir, de la pertinence de l’opération et de l’affectation de l’eau.
- Identifier la vidange suffisamment tôt. Dès qu’une fermeture technique ou des travaux impliquent de vider un bassin, le gestionnaire estime le volume concerné, la date prévisionnelle et la durée pendant laquelle l’eau restera disponible.
- Contacter le service compétent hors urgence. Dans les Pyrénées-Orientales, le dispositif évoqué par le SDIS 66 constitue le bon point d’entrée. Ailleurs, il faut se rapprocher du SDIS de son département ou de la collectivité. Le 18 et le 112 sont réservés aux urgences.
- Transmettre les informations utiles. Volume approximatif, type de bassin, traitement habituel de l’eau, contraintes d’accès, calendrier du chantier et coordonnées du responsable de site permettent d’évaluer la faisabilité.
- Prévoir un plan B de vidange. La collecte peut être impossible en raison d’une intervention prioritaire, d’une météo défavorable ou d’un manque de stockage. Le gestionnaire doit conserver la solution d’évacuation initialement prévue.
- Coordonner le jour J. Le bassin, les accès et les équipements doivent être disponibles. Le pompage ne doit ni retarder dangereusement le chantier ni compromettre la sécurité des agents et des usagers.
- Consigner l’opération. Noter le volume récupéré, la destination et les intervenants aide à piloter les futures vidanges et à mesurer l’intérêt réel du dispositif.
Le bon réflexe pour un particulier
Une piscine privée ne doit pas être vidangée dans l’espoir d’une collecte automatique. Seul un SDIS disposant d’un dispositif local peut dire si la récupération est possible. Il faut s’informer très en amont, transmettre les caractéristiques du bassin et conserver une solution de vidange conforme aux consignes locales.
Ce que cette solution apporte, et ses limites concrètes
La récupération d’eau de piscine présente un intérêt évident dans les zones où chaque prélèvement sur le réseau compte. Elle valorise un volume qui aurait été évacué, peut soutenir la constitution de réserves et crée un lien concret entre l’exploitation des équipements aquatiques et la prévention des risques naturels.
Elle ne doit pourtant pas être présentée comme une réponse universelle à la sécheresse. La quantité récupérée dépend des calendriers de vidange, alors que les besoins de lutte contre le feu peuvent survenir à tout moment. De plus, l’eau doit être stockée à proximité raisonnable des secteurs à défendre et rester disponible sans entraîner de coûts ou de contraintes disproportionnés.
Ce que ça apporte
- Un volume déjà disponible, sans prélèvement supplémentaire d’eau potable au moment de l’incendie.
- Une valorisation ponctuelle d’une eau qui devait être évacuée lors d’une opération technique.
- Une réserve complémentaire pour les territoires soumis à la sécheresse et au risque de feu.
- Une coopération utile entre collectivités, exploitants de bassins et services de secours.
Ce que ça coûte en organisation
- Une planification anticipée et des échanges techniques entre tous les intervenants.
- Un stockage adapté, sécurisé et facilement accessible aux moyens de secours.
- Une disponibilité non garantie : le SDIS peut être mobilisé sur une priorité opérationnelle.
- Un contrôle de la destination de l’eau, qui n’est ni potable ni utilisable sans discernement.
Ne pas confondre récupération pour les feux et rejet de vidange
Pour un gestionnaire de piscine, la valorisation par un SDIS ne dispense jamais de préparer le circuit de vidange normal. Selon les collectivités et les caractéristiques du réseau, le rejet d’une eau traitée peut nécessiter des consignes précises de la part du gestionnaire d’assainissement ou du service eau. Il est notamment nécessaire de tenir compte du traitement chimique, du débit de rejet et de la destination de l’eau.
Déverser l’eau d’un bassin dans un fossé, sur une voirie, chez un voisin ou dans un milieu naturel n’est pas une alternative improvisée. Au-delà des risques d’inondation ou de dégradation, les résidus de produits de traitement peuvent poser problème. La bonne pratique consiste à demander les modalités locales avant la vidange, plutôt qu’au moment où le bassin doit impérativement être vidé.
Le piège à éviter
Ne pas faire d’une eau de piscine une ressource « par défaut ». Son utilité dépend de son usage, de sa qualité et de la logistique disponible. Une récupération incendie réussie repose sur une décision du service compétent, pas sur une simple bonne intention.
Un enseignement pour les piscines publiques des territoires sous tension
L’opération de Rivesaltes montre qu’une piscine municipale est aussi un équipement intégré à son territoire. Lorsqu’elle ferme pour entretien, son eau, ses réseaux et ses contraintes de chantier peuvent être pensés avec les autres besoins locaux. Dans les Pyrénées-Orientales, les 15 000 m³ d’eau réutilisée et stockée en 2024, selon les informations communiquées par le SDIS 66, donnent une échelle à cette démarche : l’intérêt naît de l’addition de nombreux volumes, et non d’une seule vidange.
Pour les communes concernées par la rareté de l’eau, la leçon est avant tout organisationnelle. Cartographier les bassins susceptibles d’être vidangés, identifier les périodes de travaux, recenser les capacités de stockage et établir un contact hors crise avec le SDIS peut faire gagner un temps précieux. La récupération d’eau de piscine ne remplacera ni la prévention des incendies, ni la sobriété des usages, ni les infrastructures de défense incendie. Elle peut en revanche compléter intelligemment ces dispositifs lorsqu’elle est préparée.
Questions fréquentes
Peut-on donner l’eau de sa piscine aux pompiers ?
C’est possible uniquement si le SDIS de votre département a mis en place un dispositif de récupération et juge l’opération utile. Dans les Pyrénées-Orientales, le SDIS 66 indique pouvoir être sollicité par des collectivités, parcs aquatiques et, selon les cas, particuliers. Il faut contacter le service hors urgence, bien avant la vidange, et ne jamais appeler le 18 ou le 112 pour ce motif.
L’eau chlorée d’une piscine peut-elle servir à éteindre un incendie ?
Elle peut être envisagée comme eau brute pour la lutte contre l’incendie si le service de secours l’accepte. Cette eau n’est pas potable et son emploi dépend de sa composition, du volume disponible, de la capacité de stockage et des besoins opérationnels. Le propriétaire ou l’exploitant ne décide donc pas seul de son affectation ni de son transfert.
Combien d’eau a été récupérée à la piscine de Rivesaltes ?
L’opération menée le 25 novembre à la piscine municipale de Rivesaltes a permis de récupérer 400 m³, soit 400 000 litres. Cette eau devait être vidangée pendant des travaux. Elle a été orientée vers la réserve stratégique constituée par le SDIS 66 pour contribuer à la défense contre les incendies dans le département.
Que faut-il prévoir avant une vidange de piscine publique ?
Le gestionnaire doit d’abord connaître la date et le volume de vidange, puis vérifier les consignes locales de rejet avec les services compétents. Si une récupération par les secours est envisagée, il faut aussi transmettre les modalités d’accès, le traitement habituel de l’eau et les contraintes de chantier. Une solution de vidange classique reste indispensable si la collecte ne peut finalement pas avoir lieu.
Peut-on vider l’eau d’une piscine dans le jardin ou dans un fossé ?
Ce n’est pas une solution à improviser. L’eau de piscine peut contenir des produits de traitement et un fort débit de rejet peut provoquer ruissellement, inondation ou nuisance chez les voisins. Avant toute vidange, il convient de demander les modalités applicables au gestionnaire local de l’eau ou de l’assainissement et de respecter les consignes transmises.