Entretien & Traitement de l'eau Guide complet
Taches noires au fond de la piscine : algue ou métal ?
Des points sombres s'installent dans un angle ou au pied de l'escalier, le balai passe dessus sans rien enlever et la chloration choc ne change rien. Trois phénomènes très différents produisent exactement la même image, et sur l'un d'eux le chlore aggrave la marque au lieu de l'effacer.
L’essentiel
- Trois causes donnent la même tache noire : algue enracinée dans le support, dépôt métallique précipité, ou moisissure sous le liner.
- Le test à la vitamine C tranche en une minute : une tache qui pâlit sous le comprimé est métallique, jamais biologique.
- L'algue noire résiste à une eau tenue à 1 à 2 mg/L de chlore libre : seul le brossage ouvre sa gaine et rend le choc efficace.
- Une chloration choc sur une eau chargée en fer fixe la tache au lieu de l'effacer : on séquestre d'abord, on désinfecte ensuite.
- Au-dessus de 50 mg/L de stabilisant, la chloration choc perd l'essentiel de son effet : le vérifier avant d'y consacrer un week-end.
Elles apparaissent rarement au milieu du bassin. Une tache sombre s'installe d'abord dans un angle, au pied de l'escalier, sous l'échelle ou le long d'un joint — là où l'eau circule le moins. Le balai passe dessus sans rien enlever, la brosse la fait à peine pâlir, et la chloration choc du week-end suivant ne change rien. C'est précisément à ce moment que la plupart des propriétaires se trompent de traitement : trois phénomènes très différents produisent la même image, et l'un d'eux s'aggrave sous l'effet du chlore.
Trois causes, une seule image
Une tache noire au fond d'un bassin relève presque toujours de l'une de ces trois familles. La première est biologique : l'algue noire, en réalité une cyanobactérie, qui s'ancre dans le support et se protège derrière une gaine gélatineuse. La deuxième est chimique : un dépôt métallique de fer, de manganèse ou de cuivre, précipité sur la paroi après oxydation. La troisième tient au revêtement lui-même : moisissure développée derrière un liner, coloration par des tanins de feuilles, ou défaut ancien du support.
Les traitements sont non seulement différents, ils sont opposés. Une algue noire cède au brossage suivi d'une désinfection énergique. Un dépôt métallique, exposé au même choc chloré, se fixe davantage : le chlore oxyde le métal encore dissous dans l'eau et le fait précipiter à son tour. Une moisissure sous liner, elle, ne se traite pas depuis l'eau du tout. D'où la règle : identifier d'abord, traiter ensuite.
Le test qui tranche en cinq minutes
Deux gestes suffisent, et ils ne coûtent rien. Le premier consiste à frotter énergiquement la tache avec une brosse adaptée au revêtement. Une algue résiste mais s'écorne, laissant une auréole plus claire et parfois un nuage trouble dans l'eau. Un dépôt métallique reste rigoureusement identique. Une moisissure sous liner ne bouge pas non plus, mais elle donne une sensation caractéristique : la surface est lisse au toucher, la tache est manifestement sous le revêtement, pas dessus.
Le second geste est le test à l'acide ascorbique. On applique un comprimé de vitamine C directement sur la tache, en le maintenant une trentaine de secondes. Si la marque pâlit ou disparaît là où le comprimé a frotté, elle est métallique — l'acide ascorbique réduit et redissout les oxydes de fer ou de manganèse. Aucun effet : la piste métallique est écartée. Le test symétrique se pratique avec une pastille de chlore lent frottée sur une tache, mais uniquement sur un support dur ; sur un liner ou une coque, le contact direct décolore le revêtement de façon irréversible.
| Indice | Algue noire | Dépôt métallique | Moisissure ou tanins |
|---|---|---|---|
| Aspect | Point ou plaque en relief, bords nets | Voile plat, contours diffus | Nuage sous la surface ou trace d'empreinte |
| Au toucher | Légèrement rugueux, saillant | Parfaitement lisse | Lisse, la tache paraît en profondeur |
| Au brossage | S'écorne, laisse une auréole claire | Inchangé | Inchangé |
| Vitamine C | Sans effet | Pâlit nettement | Sans effet |
| Localisation | Angles, escalier, joints, zones peu brassées | Réparties largement, souvent après un appoint d'eau | Aléatoire, souvent en bas de paroi |
| Progression | S'étend et se multiplie | Stable, ou apparue d'un coup | Très lente, sur plusieurs saisons |
L'algue noire : pourquoi le chlore seul n'en vient pas à bout
Ce que l'on appelle algue noire n'est pas une algue au sens strict mais une cyanobactérie, souvent du genre Phormidium. Elle se distingue des algues vertes ou des algues moutarde par deux caractéristiques qui expliquent toute sa résistance. D'une part, elle sécrète une enveloppe mucilagineuse dense qui fait barrière au désinfectant : une eau maintenue à 1 à 2 mg/L de chlore libre ne l'atteint tout simplement pas. D'autre part, elle s'ancre physiquement dans le support — porosité d'un béton, joint de carrelage, microrayure d'un liner — et repart de ses racines dès que le traitement retombe.
Elle s'installe donc là où deux conditions se rencontrent : un support offrant une prise, et une circulation d'eau faible. L'escalier, les angles, le dessous de l'échelle, la zone d'ombre permanente d'un mur ou d'un arbre, le pourtour d'une bonde de fond mal balayée. Un bassin dont le taux de brassage est correct partout ne développe pratiquement jamais d'algue noire.
La brosse doit correspondre au revêtement
Sur un béton, un carrelage ou un enduit, une brosse à picots inox est indispensable pour ouvrir la gaine protectrice. Sur un liner, une membrane armée ou une coque, elle est proscrite : elle raye définitivement le revêtement et crée les microfissures où l'algue reviendra s'installer. Sur ces supports, on emploie une brosse nylon rigide, avec plus d'insistance et plus de passages.
Éliminer une algue noire, dans le bon ordre
- Vérifier le stabilisant avant tout. Au-delà de 50 mg/L, la chloration choc perd l'essentiel de son effet et l'opération sera perdue. Notre article consacré au stabilisant trop élevé détaille la mesure et le remède.
- Régler le pH entre 7,0 et 7,2. Le chlore est nettement plus actif dans le bas de la fourchette ; à pH 7,8, la même dose agit deux fois moins.
- Nettoyer le filtre. Contre-lavage complet ou nettoyage de cartouche : les débris détachés vont y arriver en masse.
- Brosser chaque tache, une par une. C'est l'étape qui décide du résultat. Il s'agit d'ouvrir la gaine, pas de nettoyer : insister jusqu'à ce que la surface change d'aspect.
- Chlorer par choc dans la foulée. Immédiatement après le brossage, tant que les colonies sont à nu, de préférence en fin de journée pour limiter la perte au rayonnement.
- Filtrer en continu 24 à 48 heures. Sans interruption nocturne, le temps que l'eau reprenne sa transparence.
- Rebrosser à 48 heures, puis à une semaine. Une seule passe laisse toujours des colonies enracinées : c'est la répétition qui épuise la reprise.
Sur un support dur, poser une pastille de chlore lent quelques heures au contact d'une tache tenace donne de bons résultats sur les points isolés. La méthode générale de traitement des proliférations, algicides compris, est développée dans notre guide pour éliminer les algues d'une piscine.
Fer, manganèse, cuivre : la piste métallique
Un dépôt métallique n'a rien de vivant. Un métal dissous circule dans l'eau sans se voir, jusqu'à ce qu'une oxydation le fasse précipiter sur la paroi. Trois métaux sont en cause, et la couleur oriente le diagnostic : le fer donne des marques brunes à noirâtres, le manganèse des taches franchement noires à violacées, le cuivre des plages bleu-vert virant au gris sombre.
Les origines sont assez peu nombreuses. Le remplissage ou l'appoint avec de l'eau de puits ou de forage arrive en tête, ces eaux étant fréquemment chargées en fer et en manganèse — un point que nous détaillons dans notre article sur le remplissage d'une piscine à l'eau de puits. Vient ensuite la corrosion interne du circuit : une eau agressive, à pH bas et à TAC insuffisant, attaque l'échangeur en cuivre d'une pompe à chaleur ou les pièces métalliques du réseau. Les algicides à base de cuivre, employés à répétition ou surdosés, sont la troisième source classique.
0,3 mg/L
seuil de fer au-delà duquel le risque de tache devient réel
7,0–7,4
pH cible qui limite corrosion et précipitation
80–120 ppm
TAC qui protège le circuit d'une eau agressive
Traiter une tache métallique sans l'ancrer davantage
La séquence est l'inverse exact de celle des algues, et l'erreur la plus répandue consiste à commencer par un choc chloré. Sur une eau encore chargée en fer dissous, le chlore joue le rôle d'oxydant et transforme un problème invisible en taches durables sur tout le pourtour du bassin.
On procède donc dans l'autre sens. D'abord ramener le pH dans la fourchette basse, autour de 7,0 à 7,2, et laisser le chlore libre redescendre naturellement. Introduire ensuite un séquestrant — un produit chélatant qui maintient les métaux en solution et les empêche de se déposer — puis filtrer en continu. Sur les marques déjà installées, l'acide ascorbique appliqué localement, ou dilué dans l'ensemble du bassin pour un traitement général, redissout les oxydes. Le métal repasse alors en solution : il faut immédiatement séquestrer, filtrer, et prévoir un renouvellement partiel de l'eau, faute de quoi la tache réapparaîtra au premier choc suivant.
Le réflexe qui évite tout
Sur un bassin alimenté par un puits, un forage ou une eau connue pour sa charge en fer, un séquestrant versé à chaque appoint important coûte quelques euros et supprime le problème à la racine. Une analyse en laboratoire ou en magasin spécialisé, qui donne fer, manganèse et cuivre, se justifie pleinement avant un remplissage complet.
Ni algue ni métal : moisissure, tanins et défauts du support
Reste une troisième famille, plus rare mais qui explique les taches inexpliquées. La moisissure sous liner se développe entre le revêtement et la paroi, alimentée par une humidité résiduelle ou une infiltration derrière la membrane. Elle se reconnaît à son aspect diffus, nuageux, sous la surface, et au fait qu'aucun traitement de l'eau ne l'atteint. La seule réponse est une intervention sur le revêtement lui-même, généralement lors de son remplacement.
Les tanins forment le deuxième cas. Des feuilles laissées au fond pendant tout un hivernage libèrent des pigments qui marquent le liner de traces brunes à noires reproduisant parfois la forme exacte de la feuille. Ces marques sont organiques : elles s'estompent au chlore et au brossage, plus lentement si la coloration a eu des mois pour s'installer. La prévention tient à une couverture correctement tendue et à un passage de balai avant la mise en hivernage.
Enfin, sur les bassins anciens, certaines marques ne sont ni biologiques ni chimiques : reprise de colle sous un liner, hétérogénéité d'un enduit, ancienne réparation. Elles ne progressent pas d'une saison à l'autre — c'est ce qui permet de les identifier — et relèvent de la rénovation, pas du traitement de l'eau.
Traiter en eau ou vider le bassin
Traiter bassin plein
- Aucun risque structurel pour le bassin
- Coût limité aux produits, de l'ordre de 50 à 150 €
- Baignade possible à nouveau sous quelques jours
- Demande plusieurs passages de brossage et de la constance
Vider pour reprendre le support
- Seule option sur une moisissure sous liner ou un support dégradé
- Remise en eau complète à financer et à rééquilibrer
- Risque réel de soulèvement par la nappe ou de rétraction du liner
- Vidange encadrée : l'eau ne se rejette pas n'importe où
La vidange n'est jamais un geste anodin. Un bassin vide n'est plus lesté par son eau et devient vulnérable à la pression du sol, un risque que nous détaillons à propos d'une piscine coque qui remonte sous l'effet de la nappe. Elle ne se justifie que lorsque le support lui-même est en cause.
Empêcher le retour
Les taches noires signalent presque toujours un déséquilibre installé de longue date, jamais un incident isolé. Trois habitudes suffisent à ne plus les revoir.
Brosser chaque semaine les zones mortes — escalier, angles, ligne de fond, pourtour des pièces à sceller — même quand l'eau paraît impeccable. C'est le seul geste qui empêche une colonie de s'installer, et il prend cinq minutes. Maintenir ensuite les paramètres dans leurs fourchettes : pH 7,0 à 7,4, chlore libre 1 à 2 mg/L, stabilisant sous 50 mg/L, TAC 80 à 120 ppm. Filtrer enfin assez longtemps, en appliquant la règle de la température de l'eau divisée par deux, que notre calculateur de temps de filtration ajuste au volume réel du bassin.
Sur les bassins alimentés par une eau chargée en métaux, ajouter le séquestrant au calendrier d'entretien au même titre que le contrôle du pH. Une tache métallique évitée coûte quelques euros ; une tache métallique installée coûte un traitement, une analyse et souvent un renouvellement partiel de l'eau.
Questions fréquentes
Comment savoir si une tache noire est une algue ou un dépôt métallique ?
Deux gestes suffisent. Le brossage d'abord : une algue s'écorne et laisse une auréole plus claire, un dépôt métallique reste identique. Le comprimé de vitamine C ensuite, maintenu une trentaine de secondes sur la tache : s'il l'éclaircit, l'origine est métallique. Une tache insensible aux deux tests, diffuse et située sous la surface, oriente vers une moisissure derrière le liner.
Peut-on frotter une tache noire sur un liner avec une brosse métallique ?
Non. Les picots inox sont réservés aux supports durs, béton, carrelage ou enduit. Sur un liner, une membrane armée ou une coque, ils rayent définitivement le revêtement et créent les microfissures dans lesquelles l'algue viendra se réinstaller. Sur ces supports, une brosse nylon rigide fait le travail, au prix de passages plus nombreux et plus insistants.
D'où vient le fer présent dans l'eau d'une piscine ?
Le plus souvent du remplissage ou d'un appoint à l'eau de puits ou de forage, naturellement chargée en fer et en manganèse. Deuxième source, la corrosion interne du circuit lorsque l'eau est agressive, c'est-à-dire à pH bas et à TAC insuffisant : elle attaque alors l'échangeur d'une pompe à chaleur ou les pièces métalliques. Les algicides au cuivre complètent la liste.
Une chloration choc suffit-elle contre les algues noires ?
Seule, presque jamais. La cyanobactérie se protège derrière une enveloppe gélatineuse que le désinfectant ne traverse pas, et elle reste ancrée dans la porosité du support. Le brossage énergique de chaque tache, juste avant le choc, est l'étape qui décide du résultat. Une seconde passe à quarante-huit heures puis à une semaine évite la reprise.
Les taches reviennent toujours au même endroit, pourquoi ?
Parce que l'endroit réunit les deux conditions favorables : un support offrant une prise et une circulation d'eau faible. Escalier, angles, dessous d'échelle et zones d'ombre permanentes concentrent les reprises. Réorienter une buse de refoulement vers la zone morte, allonger le temps de filtration et brosser cet endroit chaque semaine change la situation plus sûrement qu'un traitement supplémentaire.
Faut-il vidanger le bassin pour s'en débarrasser ?
Rarement. Une algue noire et un dépôt métallique se traitent bassin plein, pour quelques dizaines d'euros de produits. La vidange ne s'impose que si le revêtement lui-même est en cause, notamment sur une moisissure développée derrière le liner. Elle expose par ailleurs le bassin vide à la pression du sol et impose de respecter les règles de rejet de l'eau.