Piscines publiques & Territoires
Piscine Tournesol de Poix : quel avenir après la fermeture ?
Fermée depuis 2015 après une fuite, l’ancienne piscine Tournesol de Poix-de-Picardie pose une question qui dépasse son seul bassin : comment décider du sort d’un équipement public vieillissant ? Diagnostic, contraintes sanitaires, coûts de cycle de vie et pistes de reconversion permettent d’éclairer le choix.
L’essentiel
- Construite en 1976, la piscine Tournesol de Poix-de-Picardie est fermée depuis décembre 2015 après la découverte d’une fuite dans son bassin.
- Aucun projet financé de reprise n’est établi dans les éléments disponibles : restaurer, reconvertir ou démolir exige d’abord un diagnostic indépendant.
- Une remise en eau ne se limite jamais à colmater une fuite : structure, réseaux, ventilation, énergie, accessibilité et règles sanitaires doivent être revus.
- Le scénario VerdiThèque, imaginé en 2017 par Hugo Alexandre, illustre une piste de reconversion culturelle, sans constituer à lui seul une décision publique.
À Poix-de-Picardie, une fermeture devenue question de territoire
Construite en 1976 rue des Fontaines, la piscine Tournesol de Poix-de-Picardie a longtemps été un lieu d’apprentissage de la natation et de sociabilité pour les habitants. Sa fermeture, en décembre 2015, est intervenue après la découverte d’une fuite dans le bassin. Depuis, l’équipement n’est plus seulement un ancien lieu de baignade : il cristallise une question d’aménagement local, entre préservation d’une architecture reconnaissable, besoins aquatiques du territoire et maîtrise des dépenses publiques.
La Communauté de communes Somme Sud-Ouest avait alors fermé l’accès au bâtiment. Le projet de complexe Aquasoa, à Croixrault, était présenté comme une perspective pour l’offre aquatique locale. Mais l’existence d’un équipement plus récent ou envisagé ailleurs ne règle pas automatiquement le devenir d’un bâtiment fermé : il faut encore décider s’il doit être sécurisé, restauré, reconverti ou déconstruit.
Les éléments disponibles ne font état d’aucun programme financé de réhabilitation de la Tournesol. Cette absence de décision formalisée nourrit l’incertitude, mais elle invite aussi à poser la bonne question : quelle utilité collective peut encore avoir le bâtiment, et à quel coût complet ?
1976
année de construction de la piscine de Poix
Déc. 2015
fermeture après la découverte d’une fuite
2017
année du projet de reconversion VerdiThèque
1 000
piscines visées par le programme national des années 1970
Pourquoi les piscines Tournesol comptent dans le patrimoine des années 1970
Les piscines Tournesol sont issues d’un programme national de construction d’équipements aquatiques standardisés, lancé à la fin des années 1960 afin d’élargir l’accès à la natation. Leur silhouette est immédiatement identifiable : un plan circulaire, une coupole composée d’éléments mobiles et une architecture pensée pour être reproduite sur de nombreux territoires.
Cette standardisation ne retire rien à leur valeur locale. Au contraire, elle explique leur place dans la mémoire de nombreuses communes : plusieurs générations y ont appris à nager, participé à des activités scolaires ou fréquenté les clubs. Une Tournesol peut ainsi cumuler trois dimensions : un bâti technique à entretenir, un témoin de l’histoire des politiques sportives et un repère paysager.
Préserver ce type d’équipement ne signifie pas le figer. Une collectivité peut chercher à conserver sa forme ou certains éléments remarquables tout en modifiant totalement son usage. À l’inverse, un attachement légitime au bâtiment ne remplace ni une expertise technique ni un projet de fonctionnement crédible.
Patrimoine ne veut pas dire immobilisme
La valeur d’une piscine Tournesol se mesure autant à son histoire et à son architecture qu’à sa capacité à retrouver un usage. Le bon projet est celui qui relie conservation, sécurité et besoin réel des habitants.
Réouvrir, reconvertir ou reconstruire : quatre scénarios à comparer
Pour un bassin fermé depuis longtemps, la réparation de la fuite initiale ne constitue qu’un point de départ. Le choix doit comparer plusieurs scénarios sur des critères identiques : état de la structure, besoins du territoire, coût d’investissement, coût annuel d’exploitation, accessibilité, consommation énergétique et valeur d’usage à vingt ou trente ans.
| Scénario | Ce qu’il permet | Points à vérifier avant décision |
|---|---|---|
| Réhabilitation en piscine | Retrouver un bassin de proximité pour les scolaires, les clubs et le grand public. | Étanchéité, structure, filtration, ventilation, chauffage, accessibilité, sécurité et conformité sanitaire. |
| Reconversion culturelle ou associative | Conserver l’enveloppe architecturale tout en créant un lieu sans usage aquatique. | État de la coupole, isolation, acoustique, lumière naturelle, accès du public et modèle d’animation. |
| Usage mixte ou évolutif | Phaser les travaux et ouvrir certains espaces pour des activités compatibles avec le bâti. | Coexistence des usages, sécurité incendie, accessibilité et coût des adaptations provisoires. |
| Déconstruction puis nouveau projet | Libérer le site pour un équipement ou un aménagement répondant à un besoin actuel. | Diagnostic des matériaux, coût de déconstruction, traitement des déchets, mémoire du site et usage futur du terrain. |
La démolition est parfois présentée comme l’option la plus simple. Elle ne doit pourtant pas être présumée la moins coûteuse : la déconstruction, le traitement des matériaux, la remise en état du terrain puis la création d’un nouvel usage représentent eux aussi un investissement. À l’inverse, conserver un bâtiment sans projet ni entretien accroît les risques de dégradation et reporte la dépense.
Conserver l’enveloppe : ce que le débat doit objectiver
Ce que ça apporte
- La conservation d’un repère architectural identifié par les habitants.
- La possibilité d’éviter une artificialisation supplémentaire si le bâtiment retrouve une fonction.
- Un support pour un projet culturel, associatif, sportif ou éducatif singulier.
Ce que ça coûte
- Des études techniques préalables avant toute promesse sur le budget.
- Une remise à niveau souvent lourde des réseaux, de l’énergie et de l’accessibilité.
- Un exploitant et un financement pérenne, au-delà du seul chantier initial.
Avant tout projet, un diagnostic indépendant et complet
Le premier investissement utile n’est pas nécessairement le chantier : c’est le diagnostic. Il permet de distinguer ce qui relève d’une réparation, d’une rénovation lourde ou d’une impossibilité technique et économique. Sans cet état des lieux, annoncer un montant global ou choisir un usage revient à décider à l’aveugle.
Dans le cas d’une ancienne piscine, le diagnostic doit couvrir le gros œuvre, la coupole, l’étanchéité, les réseaux enterrés, les installations électriques, la ventilation, les équipements de traitement d’eau encore présents, l’isolation et les performances énergétiques. Il doit également rechercher les matériaux ou polluants nécessitant des précautions particulières lors des travaux, puis chiffrer les scénarios de manière comparable.
Le coût à regarder est celui du cycle de vie
Pour une piscine publique, le budget pertinent additionne l’investissement, les dépenses annuelles d’énergie et d’eau, les produits de traitement, les personnels, la maintenance et les futurs renouvellements d’équipements. Un chantier moins cher peut devenir l’option la plus coûteuse s’il alourdit durablement l’exploitation.
Un bâtiment fermé n’est pas un terrain de visite
Une piscine désaffectée peut présenter des risques de chutes, de verre, de matériaux dégradés, de réseaux non sécurisés ou d’intrusion. Les visites non autorisées, parfois associées à l’urbex, ne remplacent jamais un diagnostic professionnel et peuvent mettre les personnes en danger.
La piste VerdiThèque : une reconversion plutôt qu’un retour à l’eau
En 2017, Hugo Alexandre, étudiant en patrimoine originaire de Poix-de-Picardie, a consacré un mémoire de licence à une hypothèse de reconversion. Baptisé VerdiThèque, son projet imaginait une médiathèque, une bibliothèque et une salle de spectacle au sein de l’ancienne piscine. L’idée était d’organiser les horaires de ces espaces afin de mieux utiliser le bâtiment et de lui rendre une fonction collective.
Cette proposition a le mérite de poser une alternative claire à la remise en eau : une piscine fermée n’est pas obligatoirement condamnée à redevenir une piscine. Pour autant, un projet de mémoire ou d’architecture ne vaut pas, à lui seul, programme opérationnel. Il faut identifier un maître d’ouvrage, définir les usages, évaluer les travaux, prévoir les charges de personnel et de maintenance, puis recueillir une décision politique et budgétaire.
La reconversion culturelle peut être pertinente si l’offre locale le justifie et si l’architecture s’y prête après étude. Elle demande toutefois de résoudre des sujets parfois sous-estimés : confort thermique en hiver comme en été, acoustique d’un volume circulaire, éclairage, évacuation du public, accessibilité pour tous et stationnement. Le dôme peut devenir un atout de caractère, mais aussi une contrainte technique.
Une remise en eau impose des exigences sanitaires et d’exploitation
Si le choix était de rouvrir le bassin au public, la collectivité ne pourrait pas se limiter à réparer la fuite constatée en 2015. Un établissement de baignade recevant du public doit répondre à des exigences sanitaires strictes, notamment celles de l’arrêté du 7 avril 1981 modifié relatif aux dispositions techniques applicables aux piscines. La qualité de l’eau, le renouvellement, la filtration, la désinfection et les contrôles font partie intégrante du projet.
Il faut aussi prévoir des installations techniquement exploitables : locaux adaptés, filtration dimensionnée, régulation et instrumentation, douche et sanitaires, procédures de nettoyage, suivi des paramètres de l’eau, économies d’énergie et personnels qualifiés. Dans un bassin public, la facture ne se résume jamais à l’eau et aux produits : chauffage, déshumidification, ventilation et masse salariale pèsent fortement dans le fonctionnement.
Réouvrir un établissement recevant du public
Les travaux doivent également prendre en compte l’accessibilité, la sécurité incendie et les règles propres aux établissements recevant du public. Les démarches et contrôles dépendent de la nature exacte du projet, de son ampleur et de l’autorité compétente. Ils doivent être intégrés dès la phase de conception, pas ajoutés en fin de chantier.
Une méthode de décision pour éviter l’abandon ou le projet irréaliste
Le devenir de la Tournesol de Poix-de-Picardie ne se résoudra ni par la nostalgie, ni par une promesse non financée. Une collectivité peut toutefois transformer un débat bloqué en décision lisible en suivant une méthode simple, documentée et ouverte aux usages réels du territoire.
- Sécuriser et documenter le site. Vérifier l’état des accès, des clôtures et des réseaux, puis rassembler les plans, diagnostics et historiques de maintenance disponibles.
- Faire réaliser un diagnostic pluritechnique. Confier à des professionnels l’analyse du bâti, des équipements, des matériaux et des scénarios de travaux, avec des hypothèses clairement séparées.
- Mesurer le besoin local. Évaluer les besoins scolaires, sportifs, culturels et associatifs, ainsi que l’offre déjà accessible sur le territoire.
- Comparer les coûts complets. Mettre en regard l’investissement, le calendrier, les recettes éventuellement attendues, les dépenses annuelles et les risques de chaque scénario.
- Choisir publiquement et prévoir l’après-chantier. Une décision solide désigne l’usage, le porteur du projet, la source de financement, le calendrier et l’exploitant futur.
Cette démarche ne désigne pas à l’avance le meilleur avenir pour la Tournesol. Elle évite cependant deux impasses fréquentes : laisser un bâtiment se dégrader faute de cap, ou engager une réhabilitation séduisante sur le papier mais impossible à exploiter. Pour Poix-de-Picardie comme pour les nombreuses communes dotées d’équipements des années 1970, le vrai enjeu est de transformer un héritage technique en service durable pour les habitants.
Questions fréquentes
La piscine Tournesol de Poix-de-Picardie va-t-elle rouvrir ?
Aucune décision financée de réouverture ou de reconversion n’apparaît dans les éléments disponibles. La piscine a fermé en décembre 2015 après la découverte d’une fuite. Avant toute annonce crédible, il faudrait disposer d’un diagnostic technique complet, d’un usage défini, d’un budget d’investissement et d’un modèle d’exploitation à long terme.
Pourquoi la piscine Tournesol de Poix a-t-elle fermé ?
Selon les informations disponibles, la fermeture est intervenue en décembre 2015 après la découverte d’une fuite dans le bassin. Une fuite peut être le symptôme d’un désordre plus large, mais son importance exacte et l’état actuel de l’ensemble du bâtiment ne peuvent être établis sans expertise technique indépendante.
Combien coûte la réhabilitation d’une ancienne piscine municipale ?
Il n’existe pas de montant sérieux sans diagnostic, car le coût dépend de l’état du gros œuvre, de l’étanchéité, des réseaux, de la ventilation, du chauffage et des obligations d’accessibilité. Il faut aussi intégrer les dépenses annuelles d’eau, d’énergie, de traitement, de personnel et de maintenance : une piscine publique se juge sur son coût de cycle de vie.
Une piscine Tournesol peut-elle devenir une médiathèque ou une salle culturelle ?
Oui, une reconversion est techniquement envisageable en principe, à condition que l’état de la structure le permette et que le territoire ait besoin du futur équipement. Le projet VerdiThèque imaginé en 2017 à Poix-de-Picardie proposait précisément une médiathèque, une bibliothèque et une salle de spectacle. Il resterait à valider sa faisabilité, son financement et son exploitation.
Quelles règles faut-il respecter pour rouvrir une piscine publique ?
La réouverture d’un bassin recevant du public exige notamment une installation de traitement d’eau adaptée, une filtration et une désinfection contrôlées, ainsi que le respect des exigences sanitaires applicables aux piscines. Le projet doit aussi traiter l’accessibilité, la sécurité incendie et les conditions d’exploitation. Ces obligations doivent être étudiées dès la conception des travaux.