Piscines publiques & Territoires
À Manosque, la piscine Tournesol change de bassin et de rôle
Fermée après l’ouverture du centre aqualudique Bernard-Jeanmet-Peralta, l’ancienne piscine Tournesol de Manosque est appelée à devenir le Dôme Tournesol – Jean Cabane. Au-delà du projet local, cette reconversion pose une question centrale : comment transformer un bassin emblématique sans perdre son utilité collective ?
L’essentiel
- À Manosque, l’ancienne piscine Tournesol, fermée après l’ouverture du centre aqualudique, doit être reconvertie en Dôme sportif et culturel.
- Près de 1 200 votes ont été recueillis lors de la consultation citoyenne lancée en octobre 2024 sur l’avenir de l’équipement.
- Le budget de réhabilitation annoncé est d’environ 2 M€. Il devra couvrir le bâti, l’accessibilité, les usages et la future sobriété énergétique.
- Une reconversion réussie ne dépend pas du seul bâtiment : planning, rangement, acoustique et coûts annuels conditionnent la vraie polyvalence.
À Manosque, l’ancienne piscine Tournesol ne doit pas retrouver sa vocation de baignade. Fermée après l’ouverture du centre aqualudique Bernard-Jeanmet-Peralta, elle est destinée à être reconvertie en un équipement polyvalent, sous le nom de Dôme Tournesol – Jean Cabane. La municipalité a engagé une consultation citoyenne en octobre 2024 : selon les éléments communiqués, près de 1 200 votes ont contribué à faire émerger l’option d’un lieu mêlant pratiques sportives, culturelles et associatives.
Le programme évoqué comprend notamment le tir à l’arc, l’escalade, la danse, le cirque, le théâtre et la boxe, avec la possibilité d’accueillir aussi gymnastique, arts martiaux ou activités collectives. Ce ne sont pas seulement des disciplines juxtaposées : la réussite du site dépendra de sa capacité à organiser des créneaux, des rangements, une acoustique et des accès adaptés à des usages très différents.
Cette opération illustre un choix auquel sont confrontées de nombreuses collectivités : lorsqu’un nouvel établissement aquatique remplace une piscine vieillissante, faut-il démolir, rénover pour nager, ou réemployer le bâtiment ? À Manosque, la réponse envisagée est celle d’une seconde vie publique, sans effacer l’identité architecturale du dôme.
Années 1970
Période d’inauguration de la piscine d’origine
Près de 1 200
Votes recueillis lors de la consultation de 2024
2 M€
Budget annoncé pour la réhabilitation
Un ancien bassin appelé à devenir un équipement de proximité
Une piscine municipale est un bâtiment singulier. Elle combine de grands volumes, une charpente conçue pour franchir de larges portées, des circulations parfois séparées entre public et personnels, ainsi que des locaux techniques conséquents. Une fois l’eau disparue, ces caractéristiques peuvent devenir des atouts : hauteur utile pour les arts du cirque, surface dégagée pour la danse ou les sports de combat, volume pour une scène ou une exposition.
Mais le changement d’usage ne se résume jamais à poser un sol sur un ancien bassin. Les besoins ne sont pas les mêmes selon qu’un lieu accueille une pratique encadrée, un spectacle, une réunion associative ou une compétition. La reconversion doit donc partir des activités réellement susceptibles d’occuper le site chaque semaine, et non d’une liste d’intentions.
| Élément hérité d’une piscine | Potentiel pour le nouveau lieu | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Grand volume couvert | Plateau pour activités physiques, répétitions ou événements | Acoustique à maîtriser pour éviter la réverbération et les conflits d’usage |
| Ancien bassin et plages | Possibilité de créer des niveaux, des gradins ou des zones de pratique | Étude structurelle, évacuation des eaux résiduelles et accessibilité |
| Locaux annexes | Vestiaires, stockage, loges, bureaux associatifs ou sanitaires | Dimensionnement selon les nouveaux effectifs et les flux simultanés |
| Enveloppe du dôme | Identité forte et lumière naturelle à valoriser | Isolation, étanchéité, confort d’été et coût d’entretien à long terme |
| Accès au public | Site déjà identifié par les habitants et desservi comme équipement collectif | Cheminements accessibles, sécurité incendie et gestion des sorties |
Ce qui est annoncé à Manosque
Le projet présenté vise un complexe multi-activités à vocation sportive et culturelle. Les disciplines citées dans la consultation donnent une direction ; elles ne remplacent pas un futur règlement d’utilisation, une programmation ni des créneaux attribués aux associations.
Pourquoi conserver une architecture Tournesol ?
Dans le cas manosquin, le bâtiment est décrit comme un repère du paysage local, avec ses formes arrondies et son volume lumineux. Préserver une telle structure permet de garder une trace concrète de l’histoire sportive d’une ville. C’est aussi un moyen de ne pas banaliser l’équipement public : un lieu reconnaissable est plus facilement approprié par les habitants qu’une salle interchangeable.
Cette conservation ne vaut toutefois que si elle est compatible avec le confort des futurs usagers. Une enveloppe conçue pour un usage aquatique peut présenter des faiblesses thermiques, des problèmes d’étanchéité ou une ventilation devenue inadaptée. À l’inverse, un bâtiment très fermé peut devenir inconfortable l’été s’il n’est pas correctement protégé du soleil et ventilé. Le bon projet ne choisit donc pas entre mémoire et performance : il examine ce qui peut être conservé, réparé ou remplacé.
Ce que la réhabilitation apporte
- Elle conserve un repère connu et l’histoire d’un équipement fréquenté pendant plusieurs décennies.
- Elle évite de repartir d’une parcelle totalement nue et peut réemployer une partie de la structure existante.
- Elle crée un lieu adaptable à des associations sportives, artistiques et de quartier.
- Elle peut compléter l’offre du centre aquatique, plutôt que la concurrencer.
Ce qu’elle impose de traiter
- Les pathologies éventuelles liées à l’âge du bâti et à son ancienne humidité.
- Les travaux parfois lourds pour l’isolation, l’accessibilité et la sécurité du public.
- Une gouvernance précise des créneaux entre clubs, écoles, spectacles et pratique libre.
- Des coûts d’exploitation à anticiper, au-delà de l’enveloppe de travaux annoncée.
2 millions d’euros : ce que couvre réellement un budget de reconversion
Le budget d’environ 2 millions d’euros mentionné pour Manosque donne un ordre de grandeur du projet, mais il ne permet pas à lui seul de juger son niveau d’ambition. Dans une réhabilitation, le coût dépend surtout de l’état réel de la structure, de l’enveloppe, de la présence éventuelle de matériaux à traiter, du niveau de performance énergétique visé et du programme d’aménagement intérieur.
La première différence avec un projet de piscine neuve tient à la disparition des postes directement liés à l’exploitation de l’eau : filtration, désinfection, chauffage du bassin, renouvellement et analyses quotidiennes. En revanche, un équipement polyvalent exige toujours du chauffage, de l’éclairage, une ventilation, des sanitaires, de la maintenance et des personnels pour ouvrir, surveiller et coordonner les activités.
Le chiffre qui compte après les travaux
Pour une collectivité, le coût total ne s’arrête pas au chantier. Un programme fiable prévoit aussi les dépenses annuelles de fluides, entretien, assurances, nettoyage, renouvellement du matériel, gardiennage ou accueil, ainsi que les recettes éventuelles de location et de billetterie.
Le texte de présentation du projet évoque l’emploi de solutions et matériaux plus durables, ainsi qu’une optimisation énergétique. Cette orientation devra se traduire dans les choix concrets : isolation et étanchéité de l’enveloppe, éclairage pilotable, ventilation ajustée à l’occupation, maintenance accessible et matériaux suffisamment robustes pour un usage collectif intensif. Un équipement sobre est d’abord un équipement facile à exploiter pendant vingt ou trente ans.
La polyvalence ne fonctionne qu’avec un programme précis
Le mot « polyvalent » est séduisant, mais il peut devenir un piège si tout est censé se passer dans la même salle sans organisation. Une séance de boxe n’a pas les mêmes besoins qu’un atelier de théâtre : protection des sols, luminosité, stockage, isolation sonore, jauge de public et présence d’encadrants diffèrent. Une salle capable de tout accueillir doit donc pouvoir se reconfigurer rapidement sans fragiliser le matériel ni mobiliser une équipe disproportionnée.
Les cinq questions à résoudre avant l’ouverture
- Définir les publics prioritaires. Écoles, associations, pratique des jeunes, clubs, artistes et spectateurs ne sollicitent pas le lieu aux mêmes horaires. Les besoins doivent être hiérarchisés, notamment en soirée et le week-end.
- Établir un planning-type réaliste. Il faut tester une semaine complète avec temps d’installation, de rangement, de nettoyage et de transition entre deux activités, plutôt que compter seulement les heures de pratique.
- Prévoir le stockage au plus près des usages. Tapis, agrès, protections, matériel de scène ou de tir à l’arc prennent de la place. Sans réserves sécurisées, le plateau se désorganise et les activités se limitent.
- Concevoir l’accessibilité pour tous. Entrée, sanitaires, vestiaires, cheminements, espaces spectateurs et signalétique doivent permettre un usage autonome aussi largement que possible.
- Mesurer l’exploitation dès la première année. Taux d’occupation, diversité des publics, créneaux annulés, charges énergétiques et retours des associations servent à ajuster le fonctionnement, pas seulement à produire un bilan de communication.
Les règles changent lorsque l’eau disparaît
Une piscine accueillant du public est soumise à des exigences sanitaires spécifiques : qualité de l’eau, traitement, filtration, renouvellement, contrôles et surveillance. Lorsque le bassin cesse définitivement d’être exploité comme piscine, ces obligations propres à l’eau de baignade ne constituent plus le cœur de l’exploitation. Cela ne signifie pas qu’un ancien équipement peut être ouvert sans formalités.
Le nouveau Dôme aura vocation à recevoir du public. Sa réhabilitation doit donc être pensée selon les règles applicables à l’établissement qui résultera du projet : sécurité incendie, évacuation, accessibilité, capacité d’accueil et conditions d’exploitation. La configuration finale, les activités retenues et les travaux décideront des prescriptions applicables. C’est précisément pourquoi les études techniques et les échanges avec les services compétents interviennent avant l’ouverture, et non après.
Une reconversion n’est pas une simple fermeture de bassin
La suppression de l’usage aquatique allège les contraintes liées à l’eau, mais elle ouvre un autre chantier réglementaire : celui d’un établissement recevant du public adapté aux activités sportives, culturelles et aux spectateurs qu’il accueillera.
Ce que les habitants peuvent attendre du futur Dôme
Pour les Manosquins, le bénéfice le plus tangible sera la réouverture d’un site connu sous une forme différente. Les usagers qui cherchaient un lieu de baignade devront se tourner vers le centre aqualudique qui a remplacé l’ancienne piscine ; le Dôme, lui, est appelé à répondre à d’autres besoins de proximité. La complémentarité entre ces deux équipements sera déterminante : l’un autour de l’eau, l’autre autour de pratiques terrestres et de la vie culturelle.
Le choix de faire participer les habitants en amont est un signal utile, surtout lorsqu’il concerne un bâtiment chargé de souvenirs. Mais la concertation n’est vraiment productive que si elle se prolonge par des informations claires sur le calendrier, le programme final, les conditions de réservation et les publics accueillis. Les associations locales, les établissements scolaires et les acteurs culturels auront un rôle concret à jouer pour donner au bâtiment une activité régulière.
À Manosque, la transformation annoncée ne consiste donc pas à faire oublier une piscine fermée. Elle cherche à faire évoluer un patrimoine sportif vers un lieu partagé. Son succès se mesurera moins à la nouveauté du programme qu’à une question simple : dans quelques années, le Dôme sera-t-il utilisé, accessible et identifiable par des publics très différents, toute l’année ?
Questions fréquentes
Que devient l’ancienne piscine Tournesol de Manosque ?
Selon le projet présenté par la municipalité, l’ancienne piscine Tournesol, fermée après l’ouverture du centre aqualudique Bernard-Jeanmet-Peralta, doit être reconvertie en espace polyvalent. Le futur Dôme Tournesol – Jean Cabane est destiné à accueillir des activités sportives, associatives et culturelles, plutôt qu’à reprendre une activité de baignade.
Quelles activités sont prévues dans le Dôme Tournesol de Manosque ?
Les activités évoquées lors de la présentation comprennent notamment le tir à l’arc, l’escalade, la danse, le cirque, le théâtre et la boxe. La gymnastique, des sports collectifs et les arts martiaux sont également cités. La programmation définitive dépendra toutefois des aménagements réalisés, des associations retenues et du règlement d’utilisation du lieu.
Combien coûte la réhabilitation de la piscine Tournesol ?
Le budget annoncé dans le cadre du projet est d’environ 2 millions d’euros. Cette enveloppe doit être lue avec prudence : le coût réel d’une reconversion dépend de l’état du bâtiment, des travaux d’isolation et d’accessibilité, de l’aménagement des salles, des exigences de sécurité et des équipements nécessaires aux activités accueillies.
Pourquoi transformer une ancienne piscine en salle de sport ou de culture ?
Un ancien équipement aquatique possède souvent un grand volume couvert, des locaux annexes et une forte identité locale. Lorsqu’un nouveau centre de natation assure déjà l’offre de baignade, le réemploi peut répondre à d’autres besoins : salles pour les associations, activités des jeunes, pratiques artistiques et événements. La condition est d’anticiper les coûts d’exploitation et les contraintes techniques.
Une ancienne piscine doit-elle respecter les mêmes règles après sa reconversion ?
Non, si le bassin n’est plus exploité pour la baignade, les obligations sanitaires propres à l’eau de piscine ne s’appliquent plus de la même manière. En revanche, le bâtiment accueillant du public doit respecter les règles correspondant à son nouvel usage, notamment en matière de sécurité incendie, d’évacuation, d’accessibilité et de capacité d’accueil.