Piscines publiques & Territoires
Saint-Amour : Ferdinand Fillod et le bassin de 1937
En 1937, Saint-Amour inaugurait un bassin de 33 mètres porté par son maire et entrepreneur Ferdinand Fillod. Son histoire éclaire l’ambition des piscines municipales, mais aussi ce qui distingue un grand bassin historique d’un équipement public répondant aux exigences actuelles.
L’essentiel
- Inauguré en 1937 à Saint-Amour, le bassin associé à Ferdinand Fillod mesurait 33 m sur 16 m, soit environ 528 m² de surface d’eau.
- Avec une profondeur de 0,80 à 2,75 m et un plongeoir de 5 m, l’équipement associait baignade, natation et plongeon.
- Malgré son surnom historique, un bassin de 33 m n’est pas olympique au sens actuel : le format international de référence mesure 50 m.
- L’eau issue d’une source ne suffit pas à garantir la baignade : une piscine publique doit organiser traitement, contrôles sanitaires et surveillance.
- Rénover un bassin ancien impose de traiter ensemble structure, hydraulique, usages, accessibilité, sécurité et coût d’exploitation.
À Saint-Amour, dans le Jura, le bassin inauguré en 1937 reste associé au nom de Ferdinand Fillod. Né dans la commune en 1891, chaudronnier de formation, entrepreneur puis maire, il a porté un équipement de plein air alors peu courant à cette échelle dans le territoire. Avec ses 33 mètres de longueur, ses plongeoirs et son alimentation en eau depuis la source En Combeau, la piscine incarnait une certaine idée du service public : donner un accès local à la baignade et à la pratique de la natation.
Cette réalisation mérite toutefois d’être replacée dans son époque. Elle est souvent désignée comme la première « piscine olympique » du Jura, mais ses dimensions connues ne correspondent pas au format olympique contemporain de 50 mètres. L’intérêt du bassin de Saint-Amour n’en est pas moindre : il raconte l’essor des équipements sportifs municipaux et pose une question toujours actuelle pour les collectivités : comment concevoir, exploiter ou rénover un bassin qui soit à la fois utile, sûr et durable ?
1937
année d’inauguration du bassin
33 m
longueur du bassin de Saint-Amour
16 m
largeur de l’équipement
5 m
hauteur du plongeoir principal
Un bassin municipal né d’une ambition locale
Ferdinand Fillod n’est pas seulement lié à l’histoire de cette piscine. Son parcours industriel a marqué Saint-Amour : parti d’un atelier de chaudronnerie de 50 m², il développa une activité de constructions métalliques et de préfabrication. La société anonyme Fillod, créée en 1952, a compté jusqu’à 300 salariés. L’entreprise forma également plus de 600 soudeurs, tandis que son dirigeant mettait en place, pour les ouvriers, une cantine, des jardins familiaux et des actions de formation.
Son engagement municipal s’est notamment traduit par des projets d’infrastructures : réseau d’eau potable, tout-à-l’égout et équipements collectifs. Dans ce cadre, la piscine ne doit pas être lue comme un simple ouvrage de loisirs. Un bassin public réunit en un même lieu la baignade estivale, l’apprentissage de la nage, l’activité sportive et la sociabilité. En 1937, disposer d’une telle installation à Saint-Amour était donc un choix structurant pour la commune.
Les travaux du bassin ont été supervisés par l’entreprise Secchi, également implantée à Saint-Amour. Le projet associait ainsi une volonté publique et des savoir-faire locaux. Cette articulation reste familière aux opérations contemporaines : même lorsqu’une collectivité délègue l’exploitation, la qualité du programme, des études techniques et du chantier conditionne la vie du site pendant plusieurs décennies.
Une appellation à contextualiser
Un bassin olympique destiné aux compétitions internationales mesure aujourd’hui 50 mètres de long. Avec 33 mètres, celui de Saint-Amour n’était pas un bassin olympique au sens du format sportif actuel. L’expression historique souligne surtout le caractère ambitieux et moderne de l’équipement pour son territoire.
33 mètres, 16 mètres de large : ce que permettait le bassin
Le plan connu de la piscine donne une image précise de ses possibilités. Sa surface d’eau atteignait environ 528 m², soit 33 m sur 16 m. La profondeur allait de 0,80 m à 2,75 m, avec un plongeoir de 5 m et des tremplins de 1 m et 3 m. Cette combinaison permettait de faire coexister une zone moins profonde et un espace dédié au plongeon.
Un bassin de 33 mètres ne se prête pas aux mêmes usages qu’un bassin sportif de 25 ou 50 mètres, mais il offre une longueur confortable pour nager et organiser des pratiques collectives. Pour une commune, l’essentiel n’est pas seulement la longueur : il faut aussi concilier les créneaux scolaires, les nageurs réguliers, les familles, les associations, l’accessibilité et la surveillance.
| Élément | Bassin inauguré en 1937 | Ce qu’il faut retenir aujourd’hui |
|---|---|---|
| Longueur | 33 m | Un bassin sportif courant mesure 25 m ; le format olympique contemporain atteint 50 m. |
| Largeur | 16 m | La largeur utile détermine le nombre de lignes d’eau et la coexistence des activités. |
| Surface d’eau | Environ 528 m² | La surface influe sur les volumes à traiter, le chauffage éventuel et les besoins de surveillance. |
| Profondeur | De 0,80 m à 2,75 m | Les variations de fond doivent être lisibles, signalées et compatibles avec les usages autorisés. |
| Plongeon | Plongeoir de 5 m, tremplins de 1 m et 3 m | Tout équipement de plongeon exige aujourd’hui une étude précise des profondeurs, dégagements et modalités de surveillance. |
| Alimentation en eau | Source En Combeau | La provenance de l’eau ne dispense jamais des exigences de qualité sanitaire applicables à l’ouverture au public. |
De l’eau de source à la gestion sanitaire d’un bassin public
La piscine de Saint-Amour était alimentée par la source En Combeau. Une ressource locale peut constituer un atout patrimonial et hydraulique, mais elle ne suffit pas à qualifier la qualité d’une eau de baignade. Une eau limpide, fraîche ou issue d’une source n’est pas automatiquement une eau conforme à la fréquentation d’un bassin public.
Dans une piscine ouverte au public, l’enjeu est de maîtriser en permanence les apports des baigneurs, les micro-organismes, les matières organiques et les effets de la météo pour un bassin extérieur. L’exploitation s’appuie aujourd’hui sur la circulation de l’eau, la filtration, la désinfection, la régulation et des contrôles sanitaires. L’autorité sanitaire suit cette qualité, tandis que l’exploitant doit tenir une surveillance quotidienne adaptée à son installation.
Alimentation abondante en eau neuve
- Peut valoriser une ressource locale lorsqu’elle est disponible et autorisée.
- Renouvelle physiquement une partie importante de l’eau du bassin.
- Constitue un élément fort de l’identité historique d’un équipement.
Circuit traité et recyclé
- Réduit les besoins en eau neuve lorsque l’installation est bien conçue et bien suivie.
- Exige des équipements de filtration, de désinfection et de régulation fiables.
- Impose un suivi rigoureux de la qualité de l’eau et des opérations de maintenance.
Il ne s’agit pas d’opposer mécaniquement les deux modèles. Une rénovation peut conserver une histoire ou une ressource tout en intégrant les dispositifs nécessaires à une exploitation moderne. Le bon choix dépend du débit disponible, de la qualité de l’eau, des autorisations, de l’état des réseaux, de l’affluence et du projet d’usage.
Le piège de l’eau « naturellement pure »
Une eau de source peut contenir des particules, des micro-organismes ou des substances minérales variables selon la saison. Avant toute utilisation pour la baignade, une collectivité doit faire analyser la ressource, définir le traitement nécessaire et organiser le contrôle sanitaire avec les autorités compétentes.
Pourquoi un bassin extérieur reste un outil d’apprentissage
Un équipement de baignade public ne se résume pas à ses lignes d’eau. Il contribue à l’aisance aquatique des enfants, donne aux adultes un lieu de pratique accessible et permet aux clubs ou aux associations d’organiser des activités. Dans un secteur où les déplacements vers un centre aquatique peuvent être longs, la présence d’un bassin municipal de proximité change concrètement les possibilités de pratique.
Les bassins extérieurs ont aussi des limites : leur saison dépend du climat, la fréquentation varie fortement avec la météo et le fonctionnement doit rester sûr malgré les pics d’affluence. Une collectivité doit donc définir avec précision sa vocation : baignade familiale estivale, apprentissage, natation sportive, activités encadrées ou combinaison de ces usages.
La profondeur ne remplace pas l’organisation des espaces
Les piscines anciennes associaient volontiers une zone d’apprentissage et une fosse plus profonde dans un même volume d’eau. Cette organisation peut être pertinente, mais elle demande une signalétique très visible et une surveillance adaptée. Pour les enfants et les nageurs peu à l’aise, une pente de fond ou un changement de profondeur doit être immédiatement identifiable depuis le bord comme dans l’eau.
La présence d’un plongeoir ne doit pas non plus être considérée comme un simple équipement de loisir. Elle suppose une zone réservée, des conditions de profondeur appropriées, des règles d’usage compréhensibles et un personnel en mesure d’intervenir. Dans les projets neufs comme dans les réhabilitations, les activités à risque sont étudiées avant les choix architecturaux.
Les règles d’aujourd’hui ne sont pas celles d’un bassin privé
Une piscine municipale relève d’un régime distinct de celui d’une piscine privée. Les quatre dispositifs de sécurité normalisés pour les piscines privées enterrées — barrière, alarme, couverture ou abri — ne constituent pas le cadre de référence d’un équipement ouvert au public. Le sujet central est ici l’organisation globale de la sécurité : accès, surveillance, hygiène, évacuation, équipements et information des usagers.
Les prescriptions sanitaires applicables aux piscines publiques s’inscrivent notamment dans l’arrêté du 7 avril 1981 modifié. Elles encadrent l’eau des bassins et les installations associées. À cela s’ajoutent les règles propres aux établissements recevant du public : accessibilité, prévention incendie, cheminements, locaux techniques et conditions d’accueil. Selon la nature du projet, les services de l’État, l’agence régionale de santé et les services techniques de la collectivité interviennent dès la conception.
À ne pas transposer d’un bassin à l’autre
Les normes NF P90-306 à NF P90-309 concernent les dispositifs de sécurité des piscines privées enterrées non closes. Pour une piscine municipale ou intercommunale, la sécurité repose sur les règles sanitaires et d’établissement recevant du public, ainsi que sur une surveillance et un règlement intérieur adaptés.
Rénover un bassin historique sans effacer son utilité
Conserver un bassin ancien ne signifie pas le figer. Les projets les plus solides distinguent ce qui fait l’identité du lieu — implantation, volume, vues, mémoire locale — de ce qui doit être refait pour garantir la sécurité, la sobriété et le confort d’usage. L’enjeu est particulièrement sensible pour les piscines de plein air, où l’étanchéité, les canalisations, les plages et le local technique vieillissent souvent ensemble.
- Établir un diagnostic complet. Examiner la structure du bassin, l’étanchéité, les réseaux, les plages, les équipements de filtration et l’état des locaux techniques avant d’arrêter un programme.
- Définir les usages prioritaires. Chiffrer les besoins des écoles, des associations, des nageurs, des familles et des personnes à mobilité réduite afin d’éviter un projet surdimensionné ou inadapté.
- Sécuriser la ressource en eau. Mesurer les débits disponibles, faire analyser l’eau lorsqu’une source est envisagée et prévoir les dispositifs de traitement, de renouvellement et de suivi sanitaire.
- Concevoir la sécurité dès les plans. Prévoir les cheminements, la lisibilité des profondeurs, le poste de surveillance, les accès de secours et les zones de plongeon avant de choisir les finitions.
- Arbitrer sur le coût de cycle de vie. Comparer les investissements avec les dépenses récurrentes : eau, énergie, produits de traitement, personnel, maintenance et renouvellement des équipements.
La leçon du bassin de Saint-Amour est donc moins celle d’un modèle à reproduire que d’une ambition à prolonger : un équipement public réussit lorsqu’il répond durablement aux usages réels de son territoire. L’histoire de Ferdinand Fillod rappelle que la piscine peut être un projet de santé, de sport et de vie collective, à condition que sa conception ne soit jamais séparée de son exploitation future.
Questions fréquentes
La piscine de Saint-Amour était-elle vraiment olympique ?
Elle était qualifiée ainsi dans son contexte historique, mais ses dimensions connues — 33 mètres de long sur 16 mètres de large — ne correspondent pas au bassin olympique contemporain, long de 50 mètres. Il est plus juste de la présenter comme un grand bassin municipal ambitieux pour son époque, conçu pour la baignade, la natation et le plongeon.
Quelles étaient les dimensions de la piscine inaugurée à Saint-Amour en 1937 ?
Le bassin mesurait 33 mètres de long et 16 mètres de large, pour une surface d’environ 528 m². Sa profondeur variait de 0,80 m à 2,75 m. Il possédait un plongeoir de 5 mètres ainsi que des tremplins de 1 et 3 mètres, avec une alimentation en eau depuis la source En Combeau.
Qui était Ferdinand Fillod à Saint-Amour ?
Né à Saint-Amour en 1891, Ferdinand Fillod était chaudronnier de formation, entrepreneur dans les constructions métalliques et préfabrication, puis maire de la commune. Son nom reste associé à plusieurs infrastructures locales, dont la piscine inaugurée en 1937. Sa société anonyme, créée en 1952, a compté jusqu’à 300 salariés.
Peut-on alimenter une piscine publique avec de l’eau de source ?
C’est envisageable sous conditions, mais une eau de source n’est pas automatiquement propre à la baignade publique. Son débit et sa qualité doivent être analysés, et l’installation doit répondre aux exigences sanitaires applicables : traitement adapté, filtration ou renouvellement organisé, contrôles et suivi par l’exploitant. La ressource doit aussi être compatible avec les autorisations nécessaires.
Que faut-il vérifier avant de rénover une piscine municipale ancienne ?
Le diagnostic doit couvrir la structure du bassin, l’étanchéité, les canalisations, le local technique, les plages et les accès. Il faut ensuite définir les usages prioritaires, vérifier les obligations sanitaires et d’accessibilité, organiser la surveillance et calculer le coût de fonctionnement. Rénover uniquement le revêtement sans traiter l’hydraulique ou les équipements techniques conduit souvent à des dépenses répétées.