Piscines publiques & Territoires Guide complet
À Rennes, une piscine fermée face au risque lié à l’air
Fermée par précaution le 22 janvier 2025 après des alertes sur la ventilation, la piscine de La Conterie, à Chartres-de-Bretagne, rappelle un risque mal compris : l’air d’un bassin couvert. Chloramines, filtration, diagnostic et conditions d’une réouverture fiable : les repères utiles.
L’essentiel
- À la Conterie, l’évacuation du 22 janvier 2025 a été décidée après des alertes sur la ventilation, avant les résultats d’analyses.
- Les chloramines se forment quand le chlore réagit avec les apports des baigneurs ; elles s’accumulent au ras de l’eau si l’air se renouvelle mal.
- Pour rouvrir durablement, une piscine doit contrôler air, eau, filtres et gaines, corriger les défauts puis vérifier les travaux en conditions réelles.
- Une enveloppe supplémentaire de 500 000 € a été évoquée : seul un audit technique peut en définir le périmètre et les priorités.
- L’odeur forte dite de chlore ne prouve pas un excès de désinfectant : elle peut signaler la présence de chloramines dans l’air du hall.
À La Conterie, une fermeture de précaution qui pose la question de l’air intérieur
Le 22 janvier 2025, la piscine intercommunale de La Conterie, à Chartres-de-Bretagne dans la métropole rennaise, a été évacuée puis fermée à la demande du maire, Philippe Bonnin. Des alertes de personnels portaient sur de possibles dysfonctionnements du système de ventilation et sur des symptômes respiratoires, maux de tête ou vertiges signalés dans l’établissement.
Cette décision de fermeture préventive ne permet pas, à elle seule, de conclure à une cause sanitaire précise. Elle était néanmoins cohérente avec une règle de gestion fondamentale dans un établissement recevant du public : lorsqu’un doute sérieux concerne la qualité de l’air ou la sécurité des agents et des baigneurs, l’usage du bassin doit s’arrêter jusqu’à l’obtention d’un diagnostic technique et de mesures fiables.
La question dépasse le seul équipement de La Conterie. Dans une piscine couverte, l’eau peut être conforme et l’air inconfortable, voire irritant, si les sous-produits du traitement s’accumulent au-dessus du plan d’eau. La ventilation, le renouvellement d’air, le fonctionnement des filtres, les pratiques d’hygiène des baigneurs et la fréquentation doivent alors être considérés comme un seul système.
22 janvier 2025
évacuation et fermeture de La Conterie
260 000
entrées annuelles en 2019
190 000
entrées annuelles en 2024
500 000 €
enveloppe supplémentaire de travaux évoquée
Les chloramines : pourquoi l’odeur de chlore n’est pas un bon signe
Le chlore sert à désinfecter l’eau. Mais lorsqu’il réagit avec les matières apportées par les baigneurs — sueur, urine, cosmétiques, résidus de savon ou cellules mortes — il forme des sous-produits appelés chloramines. Parmi eux, la trichloramine est volatile : elle passe dans l’air et se concentre particulièrement dans la mince zone située juste au-dessus de l’eau, là où respirent les nageurs et les maîtres-nageurs.
Une odeur piquante dite « de chlore » ne prouve donc pas qu’il y a trop de chlore désinfectant dans le bassin. Elle peut au contraire traduire une accumulation de chloramines. Une sensation de picotement des yeux, de la gorge ou du nez, une toux inhabituelle et une gêne respiratoire sont des signaux à prendre au sérieux, surtout s’ils se répètent chez plusieurs personnes présentes dans le même hall.
Ne pas confondre eau et air
Une analyse d’eau satisfaisante ne suffit pas à écarter un problème d’ambiance dans un bassin couvert. La qualité microbiologique et chimique de l’eau, la concentration de sous-produits dans l’air et les performances de la ventilation sont trois contrôles distincts.
Le rôle décisif de la ventilation
Une centrale de traitement d’air bien réglée évacue l’air chargé au ras du bassin, introduit de l’air neuf, maîtrise l’humidité et évite les zones stagnantes. Des filtres encrassés, des gaines endommagées, des ventilateurs sous-dimensionnés ou à l’arrêt, des bouches mal réparties ou une régulation défaillante peuvent rompre cet équilibre.
La ventilation ne remplace pas le traitement de l’eau, pas plus que le traitement de l’eau ne remplace la ventilation. Dans un hall de piscine, ces deux installations doivent fonctionner ensemble, avec une filtration hydraulique entretenue, des lavages de filtres adaptés et un suivi attentif de la fréquentation.
Ce qu’un diagnostic complet doit contrôler avant toute décision
À la suite d’une alerte, les prélèvements ne doivent pas se limiter à un contrôle ponctuel. Les résultats sont plus utiles s’ils sont réalisés à plusieurs endroits du hall, à différentes heures et notamment lorsque le bassin est occupé. Les agents exposés pendant plusieurs heures et les nageurs qui respirent au ras de l’eau ne rencontrent pas exactement les mêmes conditions.
| Élément examiné | Ce qui doit être vérifié | Ce que cela permet d’identifier |
|---|---|---|
| Air du hall | Présence de trichloramine, humidité, température, renouvellement et mouvements d’air | Une accumulation de polluants ou des zones insuffisamment ventilées |
| Centrale de traitement d’air | Filtres, ventilateurs, débits, régulation, prises d’air et rejets | Une perte de performance ou une panne de renouvellement d’air |
| Gaines et bouches | Étanchéité, propreté, corrosion, obstruction et répartition des soufflages | Les fuites, les défauts de diffusion et les points morts |
| Eau des bassins | pH, chlore libre et combiné, turbidité, désinfection et paramètres microbiologiques | Une production excessive de sous-produits ou un traitement mal équilibré |
| Filtration hydraulique | État des médias filtrants, cycles de lavage, sondes et pompes | Une eau insuffisamment clarifiée et des précurseurs de chloramines |
| Exploitation quotidienne | Fréquentation, douches, nettoyage, activités et horaires de forte charge | Les circonstances qui aggravent le phénomène |
Les piscines ouvertes au public sont soumises à des exigences de surveillance sanitaire de l’eau, notamment au titre de l’arrêté du 7 avril 1981 modifié. Pour l’air intérieur et la santé au travail, l’exploitant doit en parallèle évaluer les risques professionnels et agir sur les causes techniques. Ces deux volets doivent être traités ensemble, sans attendre qu’un problème de confort devienne une crise de confiance.
Une réouverture ne se décide pas sur la seule disparition de l’odeur
Rouvrir après une simple intervention de dépannage peut être tentant, notamment pour préserver les créneaux scolaires, associatifs et sportifs. Mais l’odeur peut varier d’un jour à l’autre selon le nombre de baigneurs, la météo, la température de l’eau ou les réglages de la centrale. Une réouverture durable suppose de démontrer que la correction fonctionne en conditions réelles d’exploitation.
- Mettre l’activité à l’arrêt et protéger les personnes. Organiser l’évacuation, consigner les signalements de personnels et appliquer les mesures de prévention nécessaires pour les agents susceptibles d’être exposés.
- Faire réaliser des mesures représentatives. Croiser analyses de l’air, analyses de l’eau et relevés de fonctionnement de la ventilation, à plusieurs moments de la journée si nécessaire.
- Identifier la cause plutôt que traiter seulement le symptôme. Un filtre changé ou une bouche nettoyée ne suffit pas si le défaut vient d’une gaine, d’un ventilateur, d’un réglage ou d’une centrale vieillissante.
- Corriger, nettoyer et remettre en état. Les travaux peuvent concerner les réseaux aérauliques, la régulation, les filtres, l’étanchéité des gaines, la filtration de l’eau ou les procédures d’exploitation.
- Vérifier après travaux en situation de fréquentation. Les performances doivent être contrôlées lorsque le bassin accueille de nouveau des nageurs, et pas uniquement dans un hall vide.
- Informer clairement les usagers. La collectivité gagne à publier la nature des contrôles menés, les travaux réalisés et les conditions objectives de reprise.
Réparation ciblée
- Elle peut remettre rapidement en service un équipement lorsqu’une panne clairement identifiée est limitée.
- Son coût initial est généralement plus facile à maîtriser.
- Elle convient si les mesures de contrôle confirment que les débits et la qualité d’air sont redevenus satisfaisants.
Rénovation de fond
- Elle traite les défauts cumulés d’un réseau ancien, de gaines dégradées ou d’une régulation obsolète.
- Elle peut imposer un calendrier plus long et une fermeture prolongée.
- Elle exige un audit précis pour éviter de financer des travaux qui ne ciblent pas la cause principale.
Un budget de travaux doit suivre le diagnostic, pas le précéder
Pour La Conterie, une enveloppe supplémentaire de l’ordre de 500 000 euros a été évoquée pour des travaux. Ce montant ne peut être interprété comme le prix d’une ventilation de piscine : selon l’état du bâtiment, il peut couvrir une remise en état ciblée, des réseaux de gaines, une centrale de traitement d’air, la régulation, des travaux connexes ou plusieurs postes à la fois.
Avant de voter une enveloppe, une collectivité a intérêt à demander un audit hiérarchisé : ce qui relève de la sécurité immédiate, ce qui conditionne la réouverture, ce qui améliore la performance énergétique et ce qui peut être planifié. La bonne dépense n’est pas nécessairement la plus visible : refaire une peinture ou un faux plafond sans restaurer les débits d’air ne résout pas une exposition liée à la ventilation.
Le coût invisible d’une fermeture
Au-delà des travaux, une fermeture perturbe l’apprentissage de la nage, les associations, les clubs, les créneaux de rééducation et l’organisation des équipes. Un entretien préventif documenté de la ventilation et de la filtration est souvent moins coûteux qu’une interruption subie de plusieurs semaines.
Ce que les usagers et les agents peuvent faire en cas de gêne
Un baigneur ne peut pas diagnostiquer une installation, mais il peut signaler utilement une situation anormale. Une gêne isolée peut être liée à de nombreux facteurs ; en revanche, des irritations répétées, une forte odeur persistante ou des symptômes touchant plusieurs personnes doivent être remontés sans délai à l’accueil, au responsable de bassin ou à la direction de l’équipement.
- Noter le jour, l’heure, le bassin concerné et la nature de la gêne observée.
- Préciser si le hall semblait très fréquenté, si les portes étaient fermées ou si la sensation était localisée à une zone.
- Éviter de banaliser un inconfort respiratoire persistant ; en cas de symptômes importants ou durables, demander conseil à un professionnel de santé.
- Respecter la douche savonnée avant le bain et le passage aux toilettes : ces gestes limitent les matières organiques qui alimentent les chloramines.
Le signal le plus utile
Dire seulement « ça sent le chlore » aide peu l’exploitant. Un signalement précis — irritation des yeux, gêne respiratoire, zone du bassin, moment de la journée, récurrence — facilite l’identification d’un problème réel et son suivi.
Prévenir plutôt que fermer : la feuille de route d’une piscine couverte
La prévention repose sur une maintenance planifiée, pas sur une réaction à l’urgence. Les équipes doivent disposer des relevés de débits et d’alarmes, d’un calendrier de remplacement des filtres, d’un suivi des lavages de filtres hydrauliques et d’une connaissance précise des défauts récurrents. La fréquentation doit aussi être intégrée aux réglages : un bassin utilisé par des scolaires, des clubs et du public ne produit pas la même charge organique tout au long de la journée.
La transparence compte autant que la technique. Lorsqu’un équipement ferme, les usagers ont besoin de savoir ce qui est contrôlé, ce qui a été constaté, quelles mesures correctives sont engagées et sur quels critères la reprise sera autorisée. Cette méthode protège les personnes, facilite le travail des agents et évite que l’inquiétude ne s’installe durablement autour d’un service public essentiel.
Questions fréquentes
Comment savoir si l’air d’une piscine est trop chargé en chloramines ?
Une odeur piquante et persistante, des yeux qui brûlent, une irritation de la gorge, une toux ou une gêne respiratoire peuvent alerter, surtout si plusieurs personnes les ressentent dans le même hall. Ces signes ne remplacent pas une mesure : seule une analyse de l’air, associée au contrôle de la ventilation et de l’eau, permet d’établir un diagnostic fiable.
Pourquoi une piscine sent-elle fort le chlore ?
L’odeur caractéristique vient souvent moins du chlore désinfectant que des chloramines, ses sous-produits de réaction avec la sueur, les cosmétiques et d’autres matières organiques. Elle peut s’accentuer quand le bassin est très fréquenté, que les baigneurs se douchent insuffisamment ou que la ventilation évacue mal l’air au-dessus de l’eau.
Une piscine municipale peut-elle rouvrir après une panne de ventilation ?
Oui, mais la remise en service doit être fondée sur un diagnostic et des contrôles après réparation. L’exploitant doit vérifier l’état de la centrale de traitement d’air, des gaines, des filtres et des débits, puis confirmer que la qualité de l’air et de l’eau reste satisfaisante lorsque le bassin est de nouveau fréquenté. Une simple disparition temporaire de l’odeur ne suffit pas.
Que faire si je tousse ou si mes yeux piquent dans une piscine couverte ?
Sortez du bassin et signalez immédiatement la gêne à l’accueil ou au responsable de bassin en indiquant le lieu et l’heure. Si les symptômes sont marqués, inhabituels ou persistent après votre départ, demandez conseil à un professionnel de santé. Évitez de minimiser un problème qui semble toucher aussi d’autres baigneurs ou membres du personnel.
La douche avant la baignade réduit-elle vraiment les chloramines ?
Oui. Une douche savonnée retire une partie de la sueur, des crèmes, du maquillage et des résidus de produits corporels avant l’entrée dans l’eau. Moins le chlore a de matières organiques à oxyder, moins il produit de chloramines. C’est un geste simple, particulièrement efficace dans les piscines très fréquentées par les scolaires, clubs et activités collectives.